Il y a chez BruceBAn$hee quelque chose d’incontrôlé, d’instinctif — un besoin de casser le cadre, de gratter la peinture jusqu’à ce qu’on voie la chair en dessous. Son nouvel EP, 4th Wall, porte bien son nom : il fait exploser la frontière entre l’artiste et l’auditeur, entre la performance et la confession. Huit morceaux comme des éclats de verre, pris entre trap industrielle, punk électronique et spleen lo-fi. C’est brut, saturé, indomptable — le genre de disque qu’on écoute à 3h du matin, casque vissé, en se demandant si tout ça n’est pas un peu trop vrai.
1. MO$hpit!
Ouverture violente, quasi performative. La basse tremble, les kicks cognent, la voix de BruceBAn$hee surgit comme un cri noyé dans l’écho. C’est un titre de pure énergie : rage, sueur, chaos. Le morceau sonne comme un concert dans une cave où les néons clignotent au rythme des pulsations cardiaques. Il y a du JPEGMAFIA et du XXXTentacion là-dedans — ce rap qui ne cherche pas à séduire mais à déranger.
2. BadLove
Le tempo ralentit, mais la douleur reste. “BadLove” explore la toxicité des relations, entre mélodie triste et 808 étouffés. BruceBAn$hee chante autant qu’il rappe, voix distordue, vulnérable. L’émotion perce à travers l’auto-tune : c’est un cri sous morphine, un amour qui s’effondre au ralenti. L’influence d’emo rap y est claire — on pense à Lil Peep ou à Juice WRLD, mais en plus abrasif, plus punk.
3. CtrlAltDel
Court et nerveux. Une sorte de reboot existentiel. BruceBAn$hee efface tout — souvenirs, erreurs, identité — pour redémarrer sur un fond noir. Les synthés claquent comme des lames numériques, les drums glitchent. C’est la bande-son d’un système émotionnel qui plante. “I had to delete myself to feel again.” Brutal et poétique.
4. Stillsadcobain.
Le titre le plus fort du projet. Une prière murmurée à travers la douleur. BruceBAn$hee invoque Kurt Cobain non pas comme une icône, mais comme un frère d’âme. Les guitares grésillent dans le fond, presque grunge, tandis que la rythmique reste trap. L’artiste parle de désillusion, de dépression, d’un monde où la sincérité devient une arme. “I’m still sad, Cobain — but I’m loud now.” Une confession magnifique et dérangeante.
5. CrazyRaps!
Retour à la folie. Le flow saccadé, les beats chaotiques, l’énergie proche du freestyle. BruceBAn$hee rappe comme s’il exorcisait des démons. Il se moque des codes, des puristes, des haters : “They said I’m crazy — good.” C’est un manifeste pour l’expérimentation, un doigt d’honneur au conformisme.
6. Ride or Die
Une accalmie relative. Le ton devient plus intime, presque romantique. Derrière les distorsions, une vraie tendresse se devine. Le refrain, entêtant, flotte entre trap mélancolique et ballade cyberpunk. Le morceau parle d’attachement, mais aussi de loyauté dans un monde où tout se décompose.
7. SuperGod
L’ego trip comme rituel mystique. BruceBAn$hee s’y érige en divinité glitchée, mi-humain, mi-donnée numérique. “I’m the glitch they tried to worship,” lance-t-il sur un beat brutal. Le morceau, saturé de basses, évoque Death Grips ou Yeezus — un cri de toute-puissance métaphysique, nihiliste et transcendant.
8. PullUp
Clôture incendiaire. Retour à la rue, aux réflexes bruts, aux instincts. Un morceau court, nerveux, qui claque comme un revers. C’est la sortie de scène sans salut : BruceBAn$hee quitte le studio comme on quitte un ring, en laissant derrière lui l’écho de sa colère.
4th Wall est un projet schizophrène, magnifique, incandescent — un cri coincé entre le punk, le trap et la poésie. BruceBAn$hee y déconstruit la persona du rappeur pour en révéler la chair, les failles, la fièvre.
Un EP qui ne veut pas plaire : il veut exister. Et ça, c’est déjà révolutionnaire.
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