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Music Rock

Quatre escales musicales avec E.G. Phillips sur « Nashville Recordings Vol. 3: Travelogues »

Quatre escales musicales avec E.G. Phillips sur « Nashville Recordings Vol. 3: Travelogues »
  • Publishedoctobre 24, 2025

E.G. Phillips ne chante pas les voyages comme les autres. Il les tord, les rêve, les décompose jusqu’à en faire des paraboles poétiques — un peu comme si Tom Waits s’était perdu dans un carnet de mythologie américaine. Dans Nashville Recordings Vol. 3: Travelogues, ce troisième chapitre d’une série déjà culte pour les amateurs de songwriting oblique, le musicien de San Francisco transforme chaque lieu en mirage, chaque souvenir en fable.

Quatre titres seulement, mais chacun comme une escale dans une dimension parallèle. Nevada, d’abord — un désert intérieur plus qu’un État sur la carte. Les accords tournent en boucle, presque rituels, pendant que Phillips murmure sa fuite comme une prière. On imagine un motel vide, un ciel sans fin, une silhouette qui s’efface à mesure qu’elle avance. C’est court, hypnotique, et bouleversant dans son dépouillement.

Puis surgit The Evil Pooh Bear of San Felipe, délire surréaliste et jazzifié où les trompettes évoquent Mingus et les mirages mexicains. Un voyage hallucinatoire entre Baja California et un cartoon cauchemardesque — quelque part entre un rêve de fièvre et un sketch de David Lynch. Phillips y joue avec le grotesque comme un peintre qui sabote volontairement sa toile pour mieux révéler le vrai.

Au centre du disque trône Further Than I’ve Ever Been Before, une sorte d’épopée miniature, ample et contemplative. Le texte évoque un itinéraire mythologique — de la Patagonie à la Mésopotamie — mais la géographie, ici, n’est qu’un prétexte pour sonder l’absence, la perte, la dérive. Les voix s’y fondent dans les guitares, la mélodie s’étire comme une ligne d’horizon incertaine. On pense à un Leonard Cohen de passage dans un aéroport sans nom.

Enfin, Half My Age referme l’album comme on plie une carte après le dernier détour. Un diner du New Hampshire, deux inconnus, du café tiède, un moment suspendu avant de reprendre la route. C’est le morceau le plus long, le plus tendre aussi — celui où l’ironie se tait enfin, laissant place à une douceur fragile, presque timide.

Avec ses Travelogues, E.G. Phillips signe un carnet de voyage mental, un road trip entre la lucidité et la dérision. Le disque n’a rien d’une simple collection de chansons : c’est une traversée du réel par la fiction, un art de l’errance qui transforme les lieux en états d’âme. À mi-chemin entre le jazz d’un cabaret de minuit et la folk des grands espaces, Phillips continue de bâtir, morceau après morceau, un univers à part — quelque part entre la poésie, le cinéma et le surréalisme tendre d’un rêveur américain.

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Written By
Extravafrench

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