Il y a chez Ruud Voesten quelque chose de presque monacal : une façon de traiter la musique comme un rite, un lent pèlerinage vers la clarté. Après avoir exploré l’enfer dans Ambrosia, le batteur et compositeur néerlandais ouvre les portes du Purgatorio de Dante avec Raw Beans, deuxième extrait d’un album à venir sur ZenneZ Records. Et dans cette ascension spirituelle, il choisit le dépouillement comme arme : un simple duo clarinette-piano, suspendu entre la faim et la grâce.
Inspiré du septième cercle du Purgatoire — celui des gourmands condamnés à contempler, sans jamais goûter — Raw Beans est une œuvre d’attente, de désir inassouvi. Le morceau respire le manque. Le piano effleure les notes comme on tend la main vers un fruit invisible ; la clarinette, elle, gémit, supplie, se retient de mordre. L’ensemble s’inscrit dans une tension silencieuse, un entre-deux où la beauté naît de la frustration. On pense à Messiaen, à Webern, à ces compositeurs qui savaient faire du silence un langage.
Mais derrière cette austérité, il y a le feu discret du jazz — pas celui des clubs enfumés, mais celui, plus intérieur, des respirations libres et des syncopes contenues. Voesten, qui a toujours su mêler structure et instinct, orchestre ici une pièce qui semble écrite pour un espace sacré : un temple minuscule fait de chair et de pierre sonore.
L’enregistrement porte d’ailleurs la trace du lieu où tout a germé : la résidence d’Il Palmerino, à Florence, là où Dante vécut, là où les paysages eux-mêmes respirent l’expiation. Cette musique est autant une prière qu’une étude, autant un cri qu’un murmure. Elle ne raconte pas la faim : elle la fait ressentir.
Dans Raw Beans, la virtuosité s’efface au profit du sens — chaque note pèse son âme. Le morceau ne cherche pas à séduire, il invite à la contemplation, à cette lente digestion du silence que seul le jazz européen, dans ses formes les plus ascétiques, sait manier.
Ruud Voesten transforme le purgatoire en une chambre d’écho intime, où les fautes deviennent musique, et où la rédemption ne se gagne qu’à l’écoute. Un avant-goût de Ambrosia II qui promet une traversée à la fois mystique et charnelle — un voyage vers la lumière, à pas retenus, les mains encore brûlées par l’enfer.
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