Dans la grisaille de Belfast, entre les ruelles trempées de pluie et les studios improvisés au fond des vieilles briques, Serotone dépose une confession électrique. Leur nouveau single, Breathe, arrive comme un soupir retenu trop longtemps, un morceau qui n’exorcise pas la douleur — il l’habite, la traverse, la sublime jusqu’à la rendre presque belle.
Là où leur premier titre Fool’s Paradise crachait son venin grunge avec une colère contenue, Breathe s’ouvre avec une fragilité désarmante. Une guitare claire fend le silence, presque timide, avant que la voix d’Eamon Donnelly ne vienne se poser, entre la retenue et l’effondrement. Il y a dans ce timbre quelque chose de profondément humain, une fissure où l’on reconnaît nos propres vertiges. Puis, tout explose : la batterie s’élance, les riffs s’étirent, et soudain l’air devient respirable à nouveau — comme si la douleur, une fois nommée, trouvait son exutoire dans le vacarme.
Breathe n’est pas seulement une chanson sur la survie : c’est une manière de la pratiquer. La mélancolie se mêle à la ferveur, la peur à la liberté, et l’ensemble trouve une justesse rare. On pense à Nothing But Thieves pour la tension dramatique, à The Smashing Pumpkins pour la densité des guitares, ou à Sam Fender pour cette manière d’écrire la solitude avec la dignité d’un cri.
Ce qui touche profondément, c’est la sincérité du geste. Eamon Donnelly le dit lui-même : ce morceau est un aveu qu’il n’aurait jamais su formuler autrement qu’en musique. Et c’est précisément cette pudeur mise à nu qui rend Breathe si viscéral. On sent le combat intérieur, le poids du silence, mais aussi cette minuscule lueur — cette promesse qu’au bout de la nuit, il y a l’air, le vrai.
Avec Breathe, Serotone s’affirme comme l’un des groupes les plus émotionnellement lucides de la scène alternative irlandaise. Un trio qui ne triche pas, qui transforme le plomb du mal-être en or incandescent, qui compose comme on se confesse.
Le titre s’appelle Breathe, mais c’est bien plus qu’un souffle : c’est un cri retenu depuis des années, un acte de foi envers la vie, même quand elle étouffe.
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