Une tension plane avant même la première attaque de corde : comme un souffle retenu dans le couloir entre la chambre et la porte d’entrée. “Last Ditch Effort” ne cherche pas l’éclat — il installe un clair-obscur, une persistance rétinienne du doute. Au cœur, un riff ouvert baptisé en secret “Joni’s Song”, accordages qui laissent traîner des harmoniques à la manière de Mitchell, cette façon d’ouvrir des fenêtres dans le bois. Autour, Kevin Driscoll bâtit un paysage de fin de cycle où la mélancolie n’est pas une posture mais un moteur.
Le morceau s’avance en strates. D’abord la guitare nylon électrique, grain velouté, attaque souple qui arrondit les transitoires ; puis les drums programmés posent un balancement hypnotique, pas clinquant, terriblement humain — fantômes de caisses claires, charleys chuchotés, kick mat qui creuse un sillon dans le bas du spectre. La voix, traitée avec des effets vocaux signés Jeremiah Johnson, reste frontale sans écraser : doublages feutrés, delay court qui colle au phrasé, micro-saturation sur les crêtes pour faire frissonner la confession. L’ingénierie de Richard Dudley capture la proximité, la table de mixage de Johnson sculpte l’espace : une chambre à taille d’oreille.
Le véritable twist tient dans la section de cuivres. Pas d’emphase big band ; quelques traits graves, une tenue qui sert de colonne vertébrale émotionnelle, des réponses en contrechant qui épaississent la plainte. Résultat : une solennité douce, presque cinématographique, qui fait basculer la chanson du journal intime vers le plan large. La production demeure pourtant minimaliste dans son intention : tout ce qui n’aide pas à raconter est retiré. Ce refus du superflu confère au titre une précision rare — chaque élément devient signifiant.
Sur le plan narratif, “Last Ditch Effort” documente l’instant où l’on est “à court de corde, à court d’espoir, à court d’esprit”, mais où le corps insiste pour une dernière tentative. Le groove épouse cette logique : progression en paliers, refrains qui ne flambent jamais totalement — ils s’ouvrent, gagnent quelques millibars d’air, puis reviennent au point de départ, un peu plus usés, un peu plus vrais. Les accords en open tuning laissent traîner des notes-fantômes, comme si le passé refusait de quitter la pièce.
Références assumées, identité intacte : l’hommage à Joni Mitchell informe l’harmonie, mais Driscoll demeure Driscoll — un artisan du détail, un collectionneur de textures honnêtes. Blues, folk, alternative : les étiquettes s’effleurent sans s’enfermer. Ce qui reste, c’est une sensation : la pulsation d’une âme qui refuse l’ultimatum. “Last Ditch Effort” ne promet pas la réconciliation ; il offre mieux, un cadre pour la tentative. Et parfois, c’est exactement ce qui sauve.
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