On dirait que Rotation ne commence pas, qu’il existe déjà quelque part avant qu’on appuie sur play. Une pulsation. Un éclat de soleil piégé dans le groove. La musique de Mojae n’a pas besoin de se présenter : elle respire. Elle ondule avec une telle évidence qu’on se surprend à bouger avant même d’avoir saisi la mélodie. C’est un morceau circulaire, une transe douce, une boucle d’énergie qui tourne sur elle-même comme la Terre au ralenti.
Ce que Mojae capture ici, c’est la sensation physique du désir — non pas celui qui brûle, mais celui qui s’étire. Rotation danse sur ce fil entre sensualité et apaisement, entre feu et moiteur. Le rythme, taillé dans la matière même de l’afrofusion, s’appuie sur des percussions qui claquent comme un sourire, des basses moelleuses, un tempo à la fois souple et précis. La structure du morceau ressemble à une spirale : plus on avance, plus on est happé.
Et puis cette voix. Ce timbre légèrement voilé, porté par un accent ghanéen qui roule sur la langue comme une promesse non tenue. Mojae chante avec le naturel de ceux qui ne cherchent pas à impressionner — il vit la chanson de l’intérieur, dans la chair. Pas d’effets surjoués, pas de grandiloquence : juste la maîtrise d’un artiste qui sait que la chaleur la plus vraie ne fait pas de bruit.
Techniquement, Rotation frappe par son équilibre. Chaque élément — les nappes de guitare highlife, les motifs électroniques discrets, le jeu de batterie subtilement syncopé — semble avoir trouvé sa place exacte, comme si la production n’était qu’une traduction fidèle du corps en mouvement. Il y a du Wizkid dans la légèreté du refrain, du Stonebwoy dans la ferveur rythmique, mais Mojae ne copie personne. Il reformule, il filtre, il recentre.
Ce qui fascine, c’est la façon dont la chanson ne se contente pas d’être festive : elle est organique. On la sent respirer, se gonfler, se détendre. Rotation n’est pas un appel à danser, c’est une invitation à tourner avec le monde, à accepter le cycle du plaisir et du manque, à s’abandonner au vertige de ce qui revient toujours.
Mojae signe un morceau solaire mais jamais naïf, traversé d’une mélancolie discrète, comme si le mouvement servait à tenir debout, à fuir la gravité. Dans un paysage afrobeat saturé de tubes interchangeables, Rotation agit comme une caresse : une chanson qui tourne lentement autour de nous, sans jamais perdre sa lumière.
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