Elle rappe comme on respire dans l’altitude — vite, fort, sans filet. Dans Geographically Greedy, CLANDESTINA fait du voyage non pas un décor, mais une dépendance, une ivresse vitale. Ce n’est pas une carte du monde qu’elle déroule, mais une carte intérieure : celle d’une femme qui refuse les frontières, qui se nourrit du déplacement comme d’une preuve d’existence.
Dès les premières secondes, la production hypnotise. Le beat s’ancre sur un motif oriental — percussions fines, nappes chaudes, presque mystiques — avant d’être éventré par une ligne de basse trap, dense, urbaine, charnelle. C’est un morceau de mouvement, mais pas celui d’un road trip en van : c’est celui d’une fuite vers soi-même, une course joyeuse à travers les continents et les contradictions. L’arabe et l’électronique, le club et le désert, la parole et le silence — tout s’entrechoque sans jamais se contredire.
CLANDESTINA manie la voix comme un instrument de liberté. Elle chuchote, débite, frappe, rit presque — comme si chaque mot portait le sel d’un souvenir. Son flow oscille entre la confession et la revendication : “geographically greedy” n’est pas une simple punchline, c’est un autoportrait. L’avidité n’est pas celle du capitalisme, mais celle du monde, du réel, du vivant. Chez elle, la gourmandise géographique devient politique : elle revendique le droit d’être multiple, mouvante, insaisissable.
Là où beaucoup de rappeuses jouent la force frontale, CLANDESTINA choisit la ruse, la sensualité, le mirage. Sa plume, fine et nonchalante, évoque une génération de femmes qui refusent la fixité — celles qui dansent à Marrakech, méditent à Oaxaca, tombent amoureuses à Berlin, et se retrouvent, un matin, dans le reflet d’un hublot.
Ce morceau, c’est un manifeste en talons poussiéreux : une bande-son pour toutes celles et ceux qui vivent entre deux fuseaux horaires, pour qui “chez soi” est un mot à conjuguer au pluriel. Et sous la surface hédoniste, il y a ce vertige doux-amer : celui de l’errance comme condition moderne, de la beauté qui se dilue à force d’être vue.
Geographically Greedy ne parle pas de fuite, mais de soif. C’est un titre incandescent, chargé de sable et d’écho, où CLANDESTINA transforme la route en religion et la liberté en groove. Un titre qui donne envie de tout quitter, juste pour voir si, quelque part, le monde groove un peu mieux.
Pour découvrir plus de nouveautés RAP, HIP-HOP, TRAP et DRILL n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVARAP ci-dessous :
