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Music Pop Rock

Entre brume nordique et souvenirs en apnée avec Hägerstrand sur « Sjögräs vol.1 »

Entre brume nordique et souvenirs en apnée avec Hägerstrand sur « Sjögräs vol.1 »
  • Publishedoctobre 31, 2025

Il y a dans Sjögräs vol.1 quelque chose d’archaïque et de futuriste à la fois, comme si la mémoire elle-même s’était mise à chanter à travers un vieux poste de radio sous-marin. Peter Hägerstrand n’écrit pas des chansons : il reconstitue des fragments d’âme, des paysages oubliés, des visages en noir et blanc qui reprennent couleur à la lumière d’un archet ou d’un accord mineur. Sjögräs — littéralement “algue marine” — s’enroule autour de nous avec la lenteur d’une marée, et l’élégance d’un souvenir qu’on ne veut pas tout à fait comprendre.

L’EP ouvre sur « En björn och en svan », ballade de chambre où les cordes se frottent à une guitare feutrée comme un vieux carnet qu’on feuillette. On y sent la forêt et la nuit, la tendresse du folklore scandinave, mais aussi l’étrangeté d’un monde intérieur. La voix d’Hägerstrand, grave et retenue, agit comme un narrateur à la limite du songe : tout y semble réel et pourtant à demi effacé.

« Aurora », plus lumineux, déploie son éclat comme une aurore boréale électronique. Les arrangements, entre folk orchestral et pop de chambre, rappellent The Divine Comedy ou les envolées raffinées de Nick Drake. Mais il y a surtout ce souffle cinématographique, cette manière d’orchestrer le silence — un art qu’Hägerstrand maîtrise comme un réalisateur du sensible.

Puis vient « Varvsvägen », morceau de route, de terre et de mélancolie. Le rythme s’y fait plus circulaire, presque tribal, porté par des pizzicatos et une basse discrète. C’est un voyage intérieur, celui d’un homme qui rentre chez lui après plusieurs décennies d’exil émotionnel. Le morceau s’épanouit lentement, à la manière d’un film de Tarkovski transposé en musique.

Enfin, « Troll » clôt ce premier volume dans un esprit plus ludique, presque cabaret nordique. On y retrouve la veine narrative chère à Hägerstrand — les contes, les ombres, les visages grotesques des légendes scandinaves. Mais sous la fantaisie, on perçoit la même gravité : celle de l’enfance, du mystère, du sacré.

Ce Sjögräs vol.1 est bien plus qu’un simple avant-goût de la grande œuvre multimédia à venir. C’est un laboratoire de sensations où les racines caréliennes et ålandaises s’enlacent dans un tissage sonore d’une précision incroyable. Entre folk et musique de chambre, entre passé et technologie (cette fibre Nimbror qui reliera deux scènes en simultané), Hägerstrand réinvente la notion de “projet total” — un opéra de la mémoire et du territoire.

Il ne cherche pas à plaire. Il construit des mondes, délicats, presque secrets, où chaque note semble porter la trace d’un hiver ancien. Sjögräs n’est pas un disque à écouter distraitement : c’est une traversée. Une immersion lente, poétique, où la chanson devient un lieu. Et dans ce lieu, quelque part entre la mer et le silence, Hägerstrand nous attend, avec sa guitare, son mystère et la douceur grave de ceux qui savent que la beauté ne fait pas de bruit.

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Written By
Extravafrench

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