J’ai écouté Still Sick comme on regarde une flamme reprendre, vacillante puis vorace. Thain, rappeur et vocaliste originaire de Wichita, y revient à ce qui brûle en lui : le besoin urgent de transformer la colère en groove, le chaos en rythme. Ce n’est pas une chanson écrite à froid ; c’est une déflagration née d’une nuit d’improvisation partagée, d’un moment suspendu où trois musiciens se retrouvent au même battement de cœur.
Le morceau s’ouvre comme une étincelle dans une pièce obscure. La basse, signée Steven Shields (Audio Paradolia), respire la poussière et la fièvre des clubs underground, tandis que les percussions organiques vibrent avec une précision presque animale. Hippy K, invité du morceau, apporte la contrepartie instinctive, la voix qui pousse, qui griffe un peu le ciel. Et Thain, lui, ne rappe pas : il expulse. On sent dans son flow une urgence nerveuse, un instinct brut de survie. Chaque phrase semble sortie d’un corps en mouvement, d’une mémoire qui refuse de se taire.
Ce qui me fascine, c’est cette manière qu’il a de mêler la chair du rock et l’intelligence du hip-hop. On pense à Eminem pour la rage, à Kendrick pour la conscience du rythme, à Travis Scott pour la manière de créer un univers sonore presque psyché, mais Thain n’imite personne. Il construit une architecture sonore du Midwest : rugueuse, charnelle, imprévisible. L’énergie du titre vient de cette collision entre les influences – comme si un concert de métal et un freestyle nocturne s’étaient cognés dans une ruelle de Wichita.
Le morceau se déploie sans jamais vraiment éclater : une tension permanente, presque cinétique. Ce n’est pas un hit calibré, c’est un exutoire. On entend le souffle court, les voix qui se croisent, le grain du micro qui craque légèrement, cette imperfection qui rend la musique vraie. C’est une œuvre qui n’a pas peur du désordre parce que c’est dans le désordre que naît la vérité.
Still Sick parle de cette maladie dont on ne veut pas guérir : celle de la création. Thain n’en fait pas une pose, il en fait une nécessité. On imagine la scène : trois types dans un studio du Kansas, la lumière jaune des amplis, le sol qui vibre sous la basse, et cette conviction partagée que quelque chose de grand vient de se passer. Pas un tube, pas un produit, mais un instant. Et c’est peut-être ce que le rap américain a de plus précieux aujourd’hui : sa capacité à redevenir vivant, sale, brûlant, sincère.
Dans Still Sick, Thain ne cherche pas la gloire. Il cherche le cœur battant du son. Et il le trouve.
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