Certains morceaux ressemblent à des prières prononcées sans mots, juste en sons retenus au bord des larmes. GC Mirage (The Loss of Memories) de Giulio Risi est de ceux-là — une pièce pour piano d’une beauté suspendue, hantée par la mémoire qui s’efface et l’amour qui demeure. Quinze ans de silence, puis ce retour : un compositeur qui, après avoir traversé les ombres, ose enfin rejouer la lumière.
Le morceau, troisième esquisse de son ambitieux projet Seven Sketches of Loss, s’ouvre comme une confidence murmurée à un frère disparu. Chaque note semble posée avec la précaution d’un souvenir qu’on ne veut pas briser. Les premières mesures sont claires, presque fragiles, comme si le piano hésitait à réveiller un fantôme. Puis, lentement, la mélodie se déploie, s’alourdit, s’élève — un dialogue entre l’humain et le sacré.
Giulio Risi a ce don rare de rendre le silence expressif. On sent le gospel se glisser entre les interstices du classique : des harmonies qui montent vers la lumière, des basses qui retiennent la douleur, des résonances qui évoquent une église vide après la prière. Il ne cherche pas à consoler — il raconte. Et dans ce récit, la perte devient une matière, un paysage sonore qu’il explore comme on explore une ruine où chaque pierre parle encore d’amour.
La virtuosité du pianiste est ici entièrement au service de l’émotion. Pas d’esbroufe, pas de pathos. Juste cette main qui tremble légèrement sur une touche, ce souffle à peine perceptible qui précède la reprise du thème. GC Mirage avance comme un souvenir qu’on réinvente pour ne pas le laisser mourir. On y entend à la fois la résignation et la révolte : l’impossibilité d’accepter l’oubli, et pourtant le besoin d’y plonger pour continuer à vivre.
Ce qui bouleverse, c’est cette idée de double perte : celle de l’être aimé, et celle de la mémoire commune qui s’effiloche. Risi transforme cette angoisse en architecture sonore — une cathédrale fragile construite sur le vide. Et quand le morceau s’éteint, il ne reste pas un silence, mais une trace : la sensation que quelque chose, quelque part, a trouvé la paix.
Avec GC Mirage (The Loss of Memories), Giulio Risi signe une œuvre d’une pureté rare, où le piano devient l’instrument d’un dialogue impossible entre la vie et la mort. C’est moins un morceau qu’un passage : celui d’un homme qui apprend à dire adieu sans effacer.
Credit photo : Lorna le Bredoncel
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