Sous la lumière laiteuse d’un ciel islandais, Hinn eini sanni Guð de GIG s’élève comme une prière en apesanteur. Ce n’est pas un gospel au sens classique, ni un simple chant de louange : c’est une respiration, une onde qui traverse le cœur avant de toucher les oreilles. On imagine la mer tout autour, les montagnes silencieuses, et cette voix — douce mais pleine d’assurance — qui s’élance vers quelque chose de plus grand que soi.
Depuis plus de vingt ans, GIG cultive un paradoxe fascinant : celui d’un gospel qui rêve plutôt qu’il ne prêche. Leur musique n’impose rien, elle invite. Elle ne cherche pas à convertir, mais à ouvrir une fenêtre dans l’âme. Dans Hinn eini sanni Guð (“Le seul vrai Dieu”), le groupe déploie cette grâce rare : transformer la foi en paysage sonore, le sacré en douceur.
Les guitares se font rêveuses, presque cotonneuses, comme si elles flottaient dans une brume d’aube. La voix de Daney Haraldsdóttir, fragile et lumineuse, se pose sur elles avec la justesse d’un souffle, tandis que la batterie de Guðni Gunnarsson avance sans jamais forcer, comme un battement de cœur régulier — celui de la foi tranquille, pas celle des grandes messes. Emil Hreiðar Björnsson tisse à la guitare une trame mélodique presque ambient, rappelant parfois les envolées contemplatives de Sigur Rós ou la tendresse mélancolique d’Aurora.
Mais derrière la beauté formelle se cache une intention plus profonde. GIG parle de Dieu comme d’un espace intérieur, d’une vibration qu’on retrouve dans les moments de silence. Le morceau, loin de toute emphase liturgique, explore le divin comme on explore la lumière : par diffraction, par éclats, par humilité. L’arrangement respire, se déploie lentement, laissant à chaque instrument la possibilité de se taire autant que de parler.
Ce qui bouleverse ici, c’est la sincérité. Aucun artifice, aucune grandiloquence : juste la foi, nue, transmise par le son. L’enregistrement, fruit d’un an et demi de travail, garde pourtant une fraîcheur spontanée — comme si le morceau s’était écrit de lui-même, entre la répétition d’un accord et une prière murmurée.
On pourrait dire que Hinn eini sanni Guð est une chanson religieuse. Ce serait trop simple. C’est une chanson de présence, une chanson de gratitude. On y sent la beauté d’un monde où la musique devient offrande, où chaque note cherche non pas à impressionner, mais à guérir. GIG ne chante pas pour Dieu, mais avec lui, comme s’il vibrait dans chaque corde, chaque silence, chaque souffle retenu avant le refrain.
Dans un paysage musical saturé de cynisme et d’ironie, Hinn eini sanni Guð rappelle qu’il est encore possible de faire de la musique pour croire, pour aimer, pour espérer. Pas de prosélytisme, pas d’effet : juste cette foi tranquille que la beauté, lorsqu’elle est sincère, touche toujours quelque chose d’éternel.
Écouter GIG, c’est retrouver cette part de soi qui se tait d’habitude. Celle qui écoute le vent, la lumière, le murmure du monde. Un gospel d’Islande, suspendu entre la terre et le ciel — et l’écho persistant d’une vérité simple : parfois, croire suffit à faire naître la musique.
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