x
Music Rock

Les matins flous d’un garçon lucide par Billy Bobak sur « Billy Wakes Up »

Les matins flous d’un garçon lucide par Billy Bobak sur « Billy Wakes Up »
  • Publishedoctobre 31, 2025

L’album Billy Wakes Up sonne comme dans un rêve à moitié effacé. Une lumière pâle traverse les rideaux, un piano murmure, les voix se frôlent — quelque chose s’ouvre, mais on ne sait pas encore quoi. Ce disque, c’est l’histoire d’un réveil au monde : celui d’un jeune homme qui quitte l’apesanteur de l’adolescence pour affronter la gravité de la vie adulte. Et dans ce passage, Billy Bobak écrit comme on respire : avec urgence, grâce et désordre.

L’album s’ouvre sur Intro (Breakfast?), une minute suspendue, presque cinématographique. L’orchestre de Reading y tisse une aube fragile, un instant de flottement où tout semble possible. Puis surgit Saving Grace, vif et étincelant, porté par une batterie claquante et un refrain lumineux. C’est la première gifle : l’éveil comme moment de panique et de beauté.

Most Nights se glisse ensuite comme une confession au creux de l’oreille. Les guitares s’étirent, la voix vacille, et soudain tout devient intime, presque douloureux. On y entend la fatigue douce des nuits sans sommeil, la solitude qui rôde au fond des fêtes. Billy y chante l’incertitude avec une élégance désarmante, entre Blur et Jeff Buckley.

Avec Wakey Wakey, l’album se secoue : groove nerveux, basse chaude, énergie de garage londonien. On y sent le besoin de bouger, de s’arracher à soi-même, de danser pour oublier. Puis vient He’s Not There, plus contemplatif, presque spectral : les cordes se mêlent à des guitares tremblantes, la production de Dae Lee transforme la mélancolie en vertige.

Le cœur du disque bat fort dans Rush & Touch, morceau né d’un enregistrement expérimental de percussions de cuisine. Le son est organique, vivant, accidenté. C’est la pulsation du quotidien, la sensualité d’un monde en mouvement. Respite prend alors le relais, majestueux, avec les chœurs du Reading University Choir qui s’élèvent comme un souffle d’air frais après la tempête. Ce morceau, c’est la respiration nécessaire entre deux vertiges.

Vient ensuite Indo Girls, pièce d’une sensualité presque cinématographique, traversée d’arômes d’Asie du Sud-Est et de nostalgie tropicale. On y voyage dans des souvenirs brûlants, entre fascination et désillusion. Puis Make Me a Jess réintroduit l’électricité : la guitare de Nick Fitch y crépite comme une étincelle dans la nuit. C’est un hymne à la jeunesse sauvage, à la maladresse des élans amoureux, aux blessures qu’on chérit presque.

Floor Six redescend, plus intime, presque minimaliste. Une chanson d’ascenseur intérieur, où l’on croise ses propres fantômes en silence. Billy y parle sans mots d’une solitude qu’on apprivoise.

Et enfin Soi Cowboy clôt l’album comme on referme un carnet de voyage. On y entend les échos des bars de Bangkok, les néons, la chaleur, la dérive. Mais derrière l’exotisme, il y a le réel : celui d’un homme qui découvre que la liberté a parfois le goût amer du désenchantement.

Billy Wakes Up est un disque de passages, d’équilibres instables, de beauté maladroite. Chaque titre y est une pièce du puzzle, une étape dans le long apprentissage de soi. Ce premier volet d’une trilogie autobiographique n’est pas une œuvre de posture, mais de nécessité. Et dans ce monde saturé de certitudes, il a la rare décence de douter.

C’est peut-être ça, la grâce de Billy Bobak : chanter la confusion avec lucidité, et le désordre avec tendresse.

Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :

Written By
Extravafrench

Laisser un commentaire

En savoir plus sur EXTRAVAFRENCH

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture