Sous son pseudonyme galactique MARS_999, se cache un homme qui vit littéralement entre deux battements : ceux du cœur humain et ceux de la musique. Dans la vraie vie, il est cardiologue interventionnel — un métier de précision, de gestes millimétrés et de souffle contenu. Mais dès qu’il quitte la blouse blanche, il s’immerge dans un autre monde : celui des textures sonores, des émotions intérieures et des paysages électroniques. Son premier album, EUPHONIA, qu’il finance en partie par une campagne participative, capture ce grand écart entre science et sensibilité, entre contrôle et vertige.
Dans cette interview, l’artiste slovaque se dévoile avec douceur et lucidité : son enfance sans musique, ses inspirations venues de Jón Kalman Stefánsson ou de la danse contemporaine, son amour pour les sons imparfaits et les accidents poétiques. Il y raconte aussi comment, une nuit, il a perdu tout le contenu de son frigo pour sauver un mix — une histoire à la fois drôle et symbolique d’un perfectionniste habité. Entre humanité, humilité et recherche du sublime, MARS_999 nous invite à écouter autrement : le cœur comme un instrument.
Qui es-tu ?
MARS_999 est mon alter ego. Dans la vie réelle, je suis médecin — cardiologue interventionnel — mais à part ma famille, la musique est sans doute la principale force motrice de ma vie.
Quel est ton parcours ?
Avant de me lancer en solo, je faisais partie d’un groupe slovaque appelé Čisté Tvary. Le groupe n’a pas complètement disparu, il est plutôt en hibernation.
Je ne viens pas d’une famille de musiciens : mes deux parents sont médecins et ont essayé de m’orienter dans cette voie — ce qui a partiellement marché, puisque j’ai étudié la médecine et que je travaille maintenant en cardiologie.
Mais depuis mes 12 ou 13 ans, quand j’ai vraiment entendu la musique pour la première fois, elle est devenue le fil conducteur de toute mon existence.
Comment décrirais-tu ta musique en quelques mots ?
C’est difficile à dire — parler de quelque chose d’aussi essentiel à ma vie quotidienne n’est pas simple.
Je suis complètement immergé dans la création, et il m’est difficile de garder une distance.
Mais je dirais que ma musique et mes textes cherchent à peindre de petits mondes intimes — des humeurs et des sensations puisées au fond de moi.
C’est très personnel, mais j’essaie toujours d’y intégrer une certaine sensibilité pop… ce qui, vu ma manière de travailler, n’est jamais vraiment possible. Ce contraste — entre intimité et forme — est ce qui m’intéresse le plus.
Quelles sont tes inspirations ?
Le monde regorge de beauté et d’inspiration !
Dernièrement, je lis beaucoup l’auteur islandais Jón Kalman Stefánsson — une écriture d’une intensité émotionnelle incroyable, pleine de lyrisme brut et de langue magnifique.
Mais je m’inspire aussi des arts visuels, du cinéma, de la danse — de tout ce qui stimule mes sens et me donne des frissons.
Quelle est ta playlist du moment ?
En ce moment, j’écoute en boucle Cate Le Bon, Model/Actriz, John Glacier, Yeule, Oklou et Midwife — il y a tellement de musique extraordinaire en ce moment.
Quel est le plat que tu cuisines le mieux ?
Mes enfants disent que mes nouilles soba au sésame sont la meilleure chose de l’univers — et franchement, je les crois. Les enfants ne mentent pas sur la nourriture.
Quels sont tes projets à venir ?
Pour l’instant, et sans doute pour longtemps, MARS_999 restera mon unique projet — celui dans lequel je peux me plonger entièrement. Je sors mon premier album EUPHONIA, pour lequel j’ai lancé une petite campagne de financement participatif.En parallèle, je travaille déjà sur de nouveaux morceaux en studio — peut-être de nouvelles chansons dès le début de l’année prochaine.

Une anecdote sur toi ?
Voici une histoire tirée de la vie d’un musicien qui enregistre dans son salon :
J’ai passé une nuit entière à essayer de corriger un étrange bourdonnement dans mon mix… avant de réaliser que ça venait de mon réfrigérateur. Je l’ai débranché, j’ai fini le mix — et j’ai perdu toute la nourriture. Totalement worth it.
Si tu pouvais passer 48 heures avec quelqu’un que tu n’as jamais rencontré, qui serait-ce ?
Brian Eno.
Un dernier mot ou conseil ?
C’est un cliché, je sais — mais ces derniers temps, je le ressens profondément : vis l’instant présent, ici et maintenant, car on ne sait jamais ce que demain apportera. Le voyage est lui-même la destination. C’est à peu près de ce sentiment qu’est né MARS_999.
