Si Kavinsky faisait vrombir des néons dans une décapotable de chrome, Caitlin & Brent, eux, garent la voiture sous la lune et en font un slow. Leur reprise de Nightcall n’a plus rien de la nuit synthétique de Drive — c’est une valse fantôme, un baiser en clair-obscur, un songe qui sent la poussière des années 60 et le parfum des amours fatales.
Caitlin Sherman chante comme on parle à un souvenir, avec ce souffle fragile qui tremble entre désir et désenchantement. Brent Amaker, lui, lui répond d’une voix grave et patinée, presque théâtrale, un cow-boy perdu dans un film de Godard. Ensemble, ils renversent le dialogue originel : la voix féminine prend le contrôle, le masculin devient l’écho, et soudain, Nightcall bascule dans un autre monde — celui où la mélancolie s’écrit à la plume sur un vinyle noir.
L’arrangement est somptueux. Fini la froideur électronique : place aux cordes soyeuses, aux harmonies baroques, aux claviers qui sonnent comme des harpes célestes. On croit entendre un spectre de Phil Spector en studio, un orchestre de salon éthéré qui fait tanguer les chandeliers. Chaque note semble flotter dans un rêve humide, entre Dusty Springfield et Angelo Badalamenti. La chanson garde son cœur tragique, mais se drape d’une sensualité nouvelle — une élégance surannée, presque cinématographique, comme si Twin Peaks avait avalé Drive.
Ce duo fonctionne comme une anomalie parfaite. Lui, cow-boy dandy et crooner fatigué, elle, compositrice érudite et âme romantique au bord du gouffre. Leur alchimie n’a rien d’un hasard : c’est la collision de deux galaxies — la country stoïque de Brent et le spleen orchestral de Caitlin — dans une éclipse émotionnelle. On sent le passé, le désenchantement, la beauté d’aimer quand tout semble perdu.
Ce Nightcall-là n’appelle plus depuis la route, mais depuis un autre temps. Il ne promet rien, il se souvient. Dans sa réinvention baroque-pop, Caitlin & Brent signent une confession amoureuse où la fragilité devient grandeur, où chaque silence pèse plus lourd que les synthés d’origine.
C’est moins une reprise qu’un rituel — la métamorphose d’un hit néon en élégie sépia. Et au bout du sillon, quand les dernières cordes s’éteignent, il reste cette impression bouleversante : celle d’avoir dansé, l’espace d’un instant, avec un fantôme qu’on aimait encore.
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