Il y a des morceaux qui n’essaient pas de séduire tout de suite — ils t’encerclent doucement, te respirent au cou, puis finissent par t’habiter. Don’t Let Me Drown d’AJ Rayshawn est de ceux-là : un lent naufrage dans les eaux troubles du R&B contemporain, où chaque note semble flotter entre la lucidité et la peur de sombrer.
Ce n’est pas seulement une chanson, c’est une supplique. Une main tendue dans le noir. Dès les premières mesures, la production installe une atmosphère suspendue, presque aquatique. Les nappes électroniques se mêlent à une rythmique feutrée, comme des battements de cœur ralentis. Et au centre, la voix d’AJ Rayshawn : à la fois calme et vulnérable, traversée par des fissures qu’il ne cherche pas à masquer. On entend la retenue, cette pudeur propre aux artistes qui n’ont pas besoin de crier pour être entendus.
Formé à Berklee, Rayshawn connaît les codes du R&B moderne, mais il les détourne avec une intelligence rare. Là où beaucoup cherchent la virtuosité, lui privilégie l’émotion nue. Son chant ne monte pas, il glisse. Il n’explose pas, il se déploie. Il a cette manière de laisser chaque syllabe respirer, comme si le silence entre les mots comptait autant que les mots eux-mêmes.
Le morceau atteint son sommet au cœur du refrain, ce moment où tout s’ouvre enfin, où la prière devient cri. Le « don’t let me drown » n’est pas qu’une phrase — c’est une implosion contenue, une peur d’être submergé par ses propres sentiments. La production se fait alors plus ample, l’harmonie s’élargit, les basses montent comme une marée. Et l’on sent, presque physiquement, la lutte entre la dérive et la résistance.
Mais au-delà du texte et du son, Don’t Let Me Drown est un autoportrait. Celui d’un jeune homme en équilibre entre la maîtrise et la fragilité, entre le talent de l’étudiant en conservatoire et la sincérité du cœur brisé. C’est là que réside la beauté de ce morceau : dans sa vérité.
On sort de cette écoute comme d’un rêve humide, le souffle court, avec la sensation d’avoir touché quelque chose de profondément humain. Don’t Let Me Drown n’est pas une chanson d’amour, ni une ballade de plus — c’est une confession chantée sous l’eau, un murmure adressé à la lumière avant qu’elle ne disparaisse.
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