Entre ombre et lumière, 1Scar, 2Scar de Keith B est une autobiographie murmurée sur un fil de basse, un retour au hip-hop qui pense, respire et saigne avec élégance.
Tout commence par une sensation : celle d’un souffle, presque las, qui s’élève sur un beat comme on rallume une cigarette oubliée. 1Scar, 2Scar n’a rien du rap hystérique d’algorithme. Ici, Keith B préfère la lenteur au vacarme, le grain au clinquant. Son flow ne cherche pas à impressionner — il creuse, lentement, comme une lame polie par l’expérience.
La prod, à la croisée d’un groove californien et d’une gravité plus sudiste, roule avec une noblesse rare. Chaque élément semble pesé, tenu, contenu. Une ligne de basse moelleuse comme une cicatrice bien refermée, un tempo qui respire, des respirations qui deviennent du rythme. Il y a du Dre dans la précision, du Scarface dans l’esprit, et un peu de ce phrasé poétique qu’on retrouve chez les conteurs modernes — ceux qui savent qu’un mot juste vaut mieux qu’un flow trop vite.
Keith B écrit comme on témoigne. Son rap a la pudeur des gens qui ont vu la douleur de près et n’ont plus besoin de la théâtraliser. Ses “scars”, il les évoque comme on montre des cartes d’état-major : non pas pour impressionner, mais pour se rappeler le chemin. Il ne parle pas de la rue, il parle depuis elle — depuis ce territoire intime où l’homme et le poète finissent par se confondre.
Ce qui fascine, dans 1Scar, 2Scar, c’est sa forme de classicisme : un retour à l’essentiel, au verbe, à la respiration. On sent le poète avant le performeur, le survivant avant le storyteller. Chaque mesure semble pesée, comme un vers d’un vieux recueil de Baldwin réécrit à la MPC.
Et puis il y a cette lumière. Ce moment où le morceau, sans prévenir, bascule du sombre au vibrant — quand la voix de Keith B s’ouvre, s’élève, et transforme la douleur en lucidité. Ce n’est plus seulement un titre, mais un rituel de réappropriation : celle de sa peau, de ses mots, de sa mémoire.
1Scar, 2Scar est un disque sans maquillage. Le genre de track qui ne fait pas danser les clubs, mais hante les cerveaux longtemps après. Un rap de l’après, du lendemain, du recommencement — signé par un artiste qui n’a plus rien à prouver, sinon qu’on peut encore faire du hip-hop comme on écrit de la littérature.
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