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L’amour se fissure avec Exzenya sur « Ugly When You Love Me »

L’amour se fissure avec Exzenya sur « Ugly When You Love Me »
  • Publishednovembre 17, 2025

Un morceau d’électro noire où la tendresse se délite lentement dans la lumière blafarde d’un miroir fissuré.

Il y a chez Exzenya une manière rare de transformer la douleur en rituel — une précision clinique dans la manière de disséquer les émotions, comme si chaque battement de cœur passait au scalpel. Ugly When You Love Me s’inscrit dans cette lignée : un morceau de dark pop tranchant, presque chirurgical, où la rage n’explose jamais, mais brûle en silence, à feu lent, sous la peau.

Le morceau s’ouvre sur une pulsation froide, minimaliste. Une ligne de basse souterraine, des synthés comme des éclats de verre, une tension qui ne retombe jamais. Exzenya n’a pas besoin de crier : sa voix, d’une maîtrise glaçante, transperce le mix comme une lame bien affûtée. Elle chante la désillusion avec une élégance terrifiante — cette seconde exacte où l’amour se décompose, où la beauté se révèle n’être qu’un masque de contrôle. L’émotion n’est pas là pour attendrir, mais pour déstabiliser.

Il y a dans cette chanson quelque chose de viscéralement humain et de profondément intellectuel. On y sent la patte d’une artiste qui pense, analyse, et surtout ressent avec lucidité. Psychologue avant d’être musicienne, Exzenya construit ici une œuvre quasi comportementale : une étude de cas sonore sur la manipulation affective. Chaque note semble pesée, chaque silence, calculé. On n’est plus dans la confession, mais dans l’autopsie sentimentale.

La production — qu’elle signe elle-même sous son label indépendant, Exzenya Productions — joue avec les codes du cinéma. On pense à l’esthétique d’une scène de David Fincher : froide, métallique, précise, où la tension naît des non-dits. Le refrain, plus mélodique, agit comme une fracture dans la glace : une ouverture momentanée avant que tout ne s’effondre à nouveau. Ce n’est pas une catharsis, c’est un constat — lucide, presque scientifique, d’une relation contaminée par le pouvoir et la dépendance.

L’artwork prolonge ce monde intérieur : une rose qui saigne, un visage spectral, figé dans le dégoût. Une imagerie gothique et maîtrisée, sans surjeu, qui évoque la beauté en train de pourrir, la sensualité transformée en menace. L’univers visuel, tout comme la musique, porte la marque d’une créatrice totale : rien n’est laissé au hasard, pas même le silence entre deux respirations.

À 56 ans, Exzenya réinvente la notion de début. Là où l’industrie glorifie la jeunesse, elle impose une maturité brûlante, une voix d’expérience qui ose regarder l’ombre sans détourner les yeux. Ses chansons parlent d’amour, mais pas de celui qu’on vend sur les plateformes : elles parlent du désamour, du contrôle, du malaise — ces zones grises que la pop moderne préfère ignorer.

Ugly When You Love Me n’est pas une chanson romantique. C’est un face-à-face. Un duel entre la vérité et l’illusion. Et dans ce combat, Exzenya gagne sans hausser le ton — juste en restant debout, seule, dans la lumière froide d’un néon, à chanter l’amour tel qu’il est vraiment : laid, humain, et terriblement vivant.

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Written By
Extravafrench

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