« Avec Spider Veins, First Robin ouvre une brèche rare : une chanson qui semble enregistrer non pas une voix, mais la minute exacte où l’on recommence à exister. »
Spider Veins ressemble à un retour du monde souterrain : une chanson qui ouvre les yeux après un long coma, qui teste la lumière du bout des doigts avant d’accepter qu’elle puisse encore réchauffer quelque chose. La première minute a cette fragilité particulière des débuts tardifs — pas de grand geste, pas de volonté de séduire, seulement un piano qui avance comme une respiration qu’on réapprend. On ne sent jamais la posture de quelqu’un qui “débarque” dans un paysage musical ; on entend plutôt quelqu’un qui revient, chargée d’ombre, nettoyée du superflu.
Là réside l’étrangeté magnétique du projet First Robin : une manière d’aborder la chanson comme un lieu au lieu d’un format. Spider Veins ne se déroule pas : il s’ouvre, un peu comme une pièce où quelqu’un aurait laissé traîner son passé sur le sol — éclats de mémoire, restes d’angoisses, visions minuscules que personne n’avait jamais pensé transformer en musique. La voix, légèrement râpeuse sur les bords, donne cette impression d’avoir survécu à quelque chose qu’elle ne raconte pas. Une voix qu’on n’essaie pas de dompter, qui s’autorise les contours irréguliers, les vibratos qui tremblent comme un regard qui ne sait plus se mentir.
Le piano, lui, n’accompagne pas : il fouille. Il avance par nappes claires, parfois presque néoclassiques, mais toujours avec cette tension sourde, ce nœud sous la mélodie qui rappelle que la sérénité n’est pas un état mais une lutte. Il y a, dans quelques déploiements harmoniques, la sensation d’un paysage mental qui se craquelle. Comme si l’instrument cherchait à attraper le temps qui file, mais que le temps avait toujours une longueur d’avance.
Spider Veins parle d’âge — mais pas dans le sens banal du miroir. Il parle de ce moment où l’existence devient un long inventaire de micro-fissures : les gestes qu’on fait par automatisme, les nuits où l’on reste debout parce que l’angoisse sait se déguiser en lucidité, les réveils où l’on se surprend à traquer la moindre preuve qu’on est encore “neuf”. Ce qui bouleverse, ce n’est pas la gravité du propos : c’est la façon dont First Robin le traite comme un phénomène intime, presque microscopique, en allant chercher des images qui sonnent comme des cicatrices lues à contre-jour. Et surtout : il y a cette façon de laisser la chanson respirer. Laisser la douleur s’étirer sans la monumentaliser. Laisser les émotions se déposer sans les théâtraliser. Comme si First Robin refusait d’élever une statue à ses vulnérabilités. Elle les laisse vivre, simplement. Les regarde. Les décrit. Et continue.
Quand le morceau atteint son point de bascule, cette montée douce qui ressemble moins à un climax qu’à une résolution épuisée, on a l’impression d’assister à une mue silencieuse. Pas quelque chose de spectaculaire. Plutôt un espace intérieur qui se remet lentement en ordre. Comme si Spider Veins ne cherchait pas à guérir la blessure, mais à apprendre à marcher avec.
Il y a des débuts prometteurs.
Et il y a des débuts qui sonnent comme un retour à la vie.
Spider Veins appartient clairement à la seconde catégorie. Une chanson qui ne fait pas semblant d’être forte, qui ne prétend rien, qui ne court pas après le beau — et qui, paradoxalement, devient lumineuse précisément pour cette raison. Une entrée en matière bouleversante, à la frontière du murmure et du cri contenu, qui annonce une artiste prête à explorer ce que beaucoup préfèrent taire.
Si c’est le premier battement du projet First Robin, alors la suite risque d’avoir la gravité d’un ciel qui se reconstruit.
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