« Une chanson qui transforme la vérité d’une vie entière en libération dansante — là où l’aveu devient enfin joie. »
Il fallait l’oser, ce titre. Et il fallait surtout l’assumer avec suffisamment de tendresse, d’intelligence et d’audace pour éviter qu’il ne devienne un gimmick. Reetoxa, décidément incapable de rester dans les rails, signe avec Papa Loves Ladyboys un single qui a l’électricité du rock, la légèreté contagieuse de la pop, et ce supplément d’humanité qui le propulse ailleurs : quelque part entre le rire retenu, le bouleversement intime et la danse qui dérange autant qu’elle libère.
Derrière ce morceau, il y a un homme. Pas un personnage, pas une fiction : un proche âgé, fatigué de jouer un rôle, las de se mentir, et qui décide — enfin — d’annoncer à sa famille qu’il appartient à la communauté LGBTQ+. À son âge, l’aveu n’a rien d’un caprice. C’est un séisme silencieux, un soulagement après des décennies de retenue. Reetoxa transforme ce geste intime en hymne lumineux, un morceau où la vérité se chante fort, se danse fort, se célèbre fort.
Musicalement, le groupe refuse le pathos et choisit l’allégresse. Les guitares glissent plutôt qu’elles n’arrachent, la rythmique porte cette pulsation quasi-disco, ce mouvement naturel qui attrape le corps avant la tête. On y sent la volonté de casser le tabou par la fête : faire de l’aveu une célébration plutôt qu’une confession. Contrairement à beaucoup de chansons engagées, Papa Loves Ladyboys ne moralise pas. Il sourit. Il embrasse. Il accueille. Cette douceur affichée ne cache pourtant rien de la gravité implicite : toute une vie passée à se dissimuler, à performer une version acceptable de soi. Et ce moment où la vraie identité s’invite enfin à table, sans masque, sans excuses.
La voix portée par Jason est d’une limpidité presque juvénile, comme si le groupe choisissait de raconter une histoire lourde avec un souffle neuf. L’ironie tendre du titre n’est jamais moqueuse. Elle désamorce. Elle protège. Elle sert à rappeler que l’amour — celui qu’on se porte, celui qu’on reçoit — peut être joyeux, ridicule, kitsch, mais n’en reste pas moins vital.
Ce single se distingue dans le paysage par sa combinaison rare : un sujet encore trop peu chanté, raconté avec tact, et une production assez addictive pour devenir un earworm immédiat. On danse, on sourit, puis on réalise qu’on vient de célébrer un combat existentiel mené dans le silence pendant des décennies.
Reetoxa signe ici sa chanson la plus universelle : celle où chacun peut reconnaître le moment où l’on cesse d’avoir peur de soi-même. Une libération mise en musique, pétillante, tendre, irrévérencieuse — et éminemment nécessaire.
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