« On ne tente pas d’oublier quelqu’un — on tente d’oublier la version de soi qui a aimé trop fort. »
Erase Her Name ressemble à une photographie tremblée retrouvée dans une boîte qu’on avait juré de ne plus ouvrir : un fragment de soi revenu hanter la lumière. Piergiorgio Corallo, artiste italien qui pense la musique comme on sculpte la matière, signe ici un moment de post-alt-rock abrasif et fragile, un morceau qui respire comme une plaie encore tiède.
La première secousse vient des guitares : râpeuses, déterminées, elles avancent en ligne droite, comme si elles poursuivaient une vérité qu’elles ne peuvent plus nier. La basse, elle, répète inlassablement son motif — un battement obstiné, presque rituel, qui évoque la façon dont les souvenirs reviennent, encore et encore, sous les mêmes formes. Autour, les synthés glissent comme une vapeur métallique, un souffle de machine dans un décor humain. Ce n’est pas un morceau qui veut séduire : c’est un morceau qui veut dire la vérité.
Corallo parle d’un « effondrement qui n’arrive jamais vraiment ». Et c’est exactement ce qui s’entend : tout menace de s’écrouler mais se maintient dans un équilibre instable, comme une façade fissurée qui refuse pourtant de céder. Le son n’est pas poli. Il est granuleux, urbain, animé de ce tremblement qui donne l’impression qu’on écoute une confession captée dans un studio trop étroit, trop intime.
Ce qui frappe le plus, c’est la dimension visuelle de sa musique. On sent derrière Erase Her Name l’œil du plasticien : chaque texture est pensée comme un geste de peinture, chaque silence comme un morceau de matière qu’on retire pour mieux laisser affleurer la forme. Le morceau avance par couches : gratter, retirer, resserrer. Un art du minimalisme émotionnel où même la voix semble suspendue dans un paysage de béton et de souvenirs.
Le récit derrière le morceau ajoute une profondeur inattendue. Corallo ne cherche pas à effacer une femme — mais à effacer l’homme qu’il était auprès d’elle. Cette nuance bouleverse tout : Erase Her Name devient alors un rituel d’autodissolution, une tentative d’extraction de soi hors d’un amour qui a laissé trop de traces. On y entend le vertige de vouloir renaître sans renier ce qui nous a façonnés.
Ce morceau n’offre aucune catharsis simple. Il laisse les portes entrouvertes, la tension vivante, le passé encore tiède. Il choisit l’honnêteté plutôt que la consolation. Et c’est précisément cette instabilité, ce refus du confort, qui fait de Erase Her Name un titre aussi puissant : une pièce alt-rock post-industrielle où le cœur bat sous le métal.
Piergiorgio Corallo signe un premier geste d’une rare maîtrise, un morceau qui se tient entre effondrement et renaissance, entre mémoire et disparition — un rappel que les noms ne s’effacent jamais vraiment, mais que la musique peut apprendre à cohabiter avec leurs fantômes.
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