Vivre une fois ne suffit plus : avec Living Twice, Ellecielles transforme le vertige intérieur en propulsion sonore, quelque part entre l’extase shoegaze et la nervosité post-punk.
Quelque chose pulse immédiatement, sans prévenir. Pas une explosion frontale, plutôt une montée continue, un battement obstiné qui donne l’impression que le morceau avance même quand il semble suspendu. Living Twice n’est pas là pour caresser l’oreille, il l’engloutit. Ellecielles bâtit son morceau comme on érige un paysage mental : couche après couche, guitare après guitare, jusqu’à ce que l’air devienne épais, presque palpable.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la maîtrise du mur de son. Ici, la saturation n’est jamais décorative. Elle sert un mouvement, une tension, un désir d’évasion. On pense aux nappes troubles de my bloody valentine, à cette manière de faire vibrer le chaos sans jamais le laisser s’effondrer, mais Living Twice refuse la nostalgie. Le morceau avance, propulsé par une rythmique presque post-punk, sèche, insistante, qui rappelle que le corps est aussi impliqué que l’esprit.
La voix, volontairement noyée sans être effacée, agit comme une présence fantomatique. Elle n’explique rien, elle suggère. Elle flotte au-dessus des guitares comme un souvenir persistant, à la manière des incantations éthérées de Cocteau Twins, tout en conservant une urgence plus terrestre. Il y a là une romance trouble, jamais totalement assumée, toujours sur le fil.
Ce qui rend Living Twice particulièrement captivant, c’est cet équilibre entre contemplation et mouvement. Le morceau invite à la dérive, mais refuse l’immobilité. On y entend autant l’héritage shoegaze que l’élan moderne de formations comme Slow Crush ou Whirr, sans jamais tomber dans la simple citation. Chaque texture semble pensée pour dialoguer avec la suivante, comme si le morceau se reconstruisait en permanence sous nos oreilles.
Il y a aussi, en filigrane, quelque chose de profondément intime. Savoir que ce projet est façonné seul, dans un home-studio italien, donne à Living Twice une dimension presque artisanale. On sent l’obsession, le temps passé à empiler les sons, à chercher le point précis où la mélodie survit à la déflagration. Cette solitude créative se transforme paradoxalement en un morceau expansif, qui appelle l’écoute au casque, la nuit, quand tout ralentit.
Living Twice ne cherche pas le tube immédiat. Il préfère l’empreinte durable. Celle qui reste après la dernière note, quand le silence paraît soudain trop vide. Ellecielles signe ici un morceau qui ne se contente pas de faire revivre le shoegaze : il le projette dans un présent nerveux, inquiet, vibrant. Une musique pour celles et ceux qui avancent avec leurs fantômes, et qui acceptent, parfois, de vivre deux fois dans la même chanson.
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