Åsmund Nesse transforme Indiemann en manifeste intime : une guitare en état de révolte douce, des chansons qui sentent le varech, la colère tranquille et la lucidité de ceux qui refusent d’entrer dans le rang.
Il y a, chez Åsmund Nesse, quelque chose d’immédiatement désarmant. Une façon de ne jamais surjouer l’émotion, de laisser la musique respirer à hauteur d’homme. Indiemann ne cherche pas à séduire à coups de refrains faciles ou de production clinquante. L’album avance à pas sûrs, parfois rugueux, parfois lumineux, toujours sincère. C’est un disque qui regarde le monde droit dans les yeux, depuis un bout de côte norvégienne battu par le vent, et qui refuse obstinément de baisser le regard.
Dès Ingenting imot deg, Nesse installe une douceur trompeuse. La mélodie semble presque apaisante, mais quelque chose grince dans les accords, comme une retenue émotionnelle qui menace de rompre. Kokkolokko joue la carte de l’absurde et du rythme sautillant, un faux air léger qui cache une ironie bien sentie, presque moqueuse, face aux injonctions modernes.
Avec Lyden av vår, le disque s’ouvre, respire plus large. Le jeu de guitare, précis sans jamais être démonstratif, rappelle l’école de Bert Jansch : chaque note compte, chaque silence aussi. Le morceau-titre, Indiemann, agit comme une profession de foi. Nesse y affirme son indépendance avec une conviction tranquille, loin des slogans, proche du vécu.
Kom som du e apaise sans anesthésier, invitant à être soi sans posture. Mais le cœur du disque se fissure vraiment sur Stikke du innom. Ici, la guitare s’électrifie, la voix se fait plus âpre. La perte, le regret, l’irréversibilité s’invitent sans filtre. C’est brut, presque inconfortable, et précisément pour ça que ça touche juste.
Entusiast relance la machine critique, mordante mais jamais cynique, tandis que Hiv hoi og blandaball injecte une énergie collective, presque festive, comme un feu de camp dressé contre la morosité. Ver den du e recentre le propos, simple et frontal, avant que Nerme sjødn ne ferme l’album dans une paix salée, contemplative, presque spirituelle.
Indiemann n’est pas un disque nostalgique. C’est un album d’ancrage. Un rappel que le folk peut encore être politique sans être rigide, poétique sans être flou, engagé sans être bruyant. Åsmund Nesse signe ici une œuvre habitée, profondément humaine, qui avance à contre-courant — et qui, pour cette raison précise, mérite qu’on s’y arrête longtemps.
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