« Ratfink! prouve avec WHEN U WERE MINE que le rock n’a pas besoin de budgets, juste d’un cœur qui tape trop fort et d’un bordel parfaitement assumé. »
Le premier truc qui frappe chez Ratfink!, c’est cette impression de musique bricolée à mains nues, enregistrée entre deux bières renversées et trois insomnies affectives. WHEN U WERE MINE n’est pas un album qui cherche à bien se tenir. Il préfère boiter, rire de travers, aimer trop fort. Et c’est précisément là que ça touche juste. Ici, le lo-fi n’est pas une posture esthétique : c’est une manière d’exister.
L’album s’ouvre avec Won’t Wait Forever, faux départ romantique qui donne le ton : guitares rêches, voix un peu fêlée, urgence sentimentale. Ratfink! y chante l’attente comme une maladie chronique, un truc qu’on traîne sans savoir s’il faut guérir ou s’y complaire. Derrière, About Ya déploie un rock plus ample, presque nostalgique, porté par une mélodie qui s’étire comme un message jamais envoyé. On sent déjà cette écriture frontale, jamais cynique, toujours à hauteur d’humain.
Stevie ralentit le tempo, laisse respirer les silences. C’est une chanson qui regarde par la fenêtre, qui doute, qui hésite. À l’inverse, Plastic Bits repart dans un chaos nerveux, court et sec, comme une crise existentielle emballée en moins de trois minutes. Ratfink! y capte ce sentiment diffus d’être fait de morceaux mal emboîtés.
Euphoria porte mal son nom, et c’est tant mieux. Derrière le titre lumineux, le morceau transpire une joie fragile, presque inquiète, comme si le bonheur pouvait se casser la gueule à tout moment. Keep Ya Dreams agit alors comme une réponse douce-amère : tenir bon, même quand tout semble cheap, même quand personne ne regarde.
Impossible de passer à côté de Gay Song, déjà connue mais ici parfaitement intégrée au récit. Hymne queer sans posture militante forcée, le morceau avance avec une simplicité désarmante, transformant l’intime en évidence. Here Be Heroes, plus longue, plus épique, donne l’impression d’un road movie intérieur, où les héros sont juste des gens fatigués qui continuent quand même.
Marigolds et Zoe (U Got Dis) ramènent de la tendresse pure, presque enfantine. Ce sont des chansons qui rassurent, qui tapotent l’épaule sans discours. Et puis vient When U Were Mine, morceau-clé, cœur battant de l’album. Ratfink! y regarde en arrière sans se complaire, transforme la perte en matière vivante, le souvenir en carburant.
WHEN U WERE MINE est un disque qui ne cherche ni la perfection ni la validation. Il préfère la sincérité cabossée, l’émotion mal rangée, le rock qui sent la chambre trop petite et les sentiments trop grands. Un album qui rappelle que parfois, faire de la musique, c’est juste survivre avec style.
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