GO BACK sonne comme une commande interne impossible à exécuter, une injonction répétée dans un tunnel numérique où la lucidité lutte contre ses propres démons.
GO BACK ne s’ouvre pas, il se déclenche. Comme si quelqu’un avait appuyé sur un interrupteur trop longtemps ignoré. Le son arrive chargé, saturé d’intentions, immédiatement inconfortable. Impossible de s’installer tranquillement : la musique impose un état de vigilance, une tension continue qui colle à la peau. On comprend vite que ce titre ne cherche ni l’adhésion facile ni la catharsis spectaculaire. Il préfère l’exposition brute, presque clinique, d’un combat intérieur.
Devin Griffin, épaulé par I.A.C., construit ici une pièce dense, hybride, volontairement instable. GO BACK navigue entre witch house, cloud rap et électroclash, mais ces étiquettes servent surtout à baliser un territoire mental fragmenté. La production agit comme un flux constant de stimuli : nappes sombres, textures abrasives, beats distordus qui surgissent puis disparaissent, laissant une impression de vertige permanent.
La voix, traitée comme un élément à part entière du décor sonore, oscille entre présence humaine et entité fantomatique. Elle ne cherche pas à dominer le mix, elle s’y dissout partiellement, comme une pensée intrusive qu’on n’arrive pas à faire taire. Ce choix renforce le sentiment d’aliénation, cette impression d’être coincé dans sa propre tête, à observer ses mécanismes d’auto-sabotage sans toujours pouvoir les arrêter.
GO BACK fonctionne par accumulation. Chaque couche sonore ajoute une pression supplémentaire, sans jamais offrir de véritable résolution. Le morceau refuse la structure rassurante couplet-refrain. Il avance par blocs, par impulsions, traduisant parfaitement la difficulté de rompre avec des schémas destructeurs. La croissance personnelle, ici, n’est pas présentée comme une ligne droite, mais comme une suite de rechutes, de prises de conscience incomplètes, de tentatives avortées.
Les influences revendiquées se devinent sans jamais écraser l’identité du morceau. L’ombre de Bladee, de Crystal Castles ou de 2hollis plane, mais GO BACK ne se contente pas de recycler une esthétique. Il l’utilise comme un langage pour parler de dépendance, de santé mentale, de cette fatigue existentielle propre à une génération hyperconnectée mais profondément isolée. La noirceur n’est pas un décor, elle est le sujet.
Il y a dans ce titre une forme de courage artistique. Celui d’accepter l’inconfort, de ne pas chercher à rendre le chaos digeste. GO BACK ne moralise pas, ne propose pas de solution. Il constate, il expose, il laisse l’auditeur face à une réalité fragmentée, parfois dérangeante, mais profondément honnête.
Publié par Summer’s Over Collective, ce morceau agit comme une porte d’entrée radicale vers l’univers de l’album DIGITAL SPLIFF. Une dernière pièce avant le saut, qui annonce un projet prêt à explorer les zones grises sans filtre ni concession.
GO BACK n’est pas un titre qu’on écoute distraitement. Il exige une attention totale, une disponibilité émotionnelle. C’est une expérience plus qu’un morceau, un miroir déformant tendu à celles et ceux qui savent que grandir ne signifie pas toujours avancer, mais parfois simplement résister à l’envie de revenir en arrière. Une œuvre sombre, nerveuse, profondément contemporaine, qui confirme Devin Griffin comme une voix à suivre là où l’électronique devient un terrain d’introspection radicale.
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