Dans Catabase, FÉMUR met des mots et des rythmes sur ce que l’on cache : la colère, la peur, l’ego blessé, les pensées qui tournent en boucle quand plus rien ne tient.
L’album Catabase ne cherche pas l’adhésion immédiate. Il exige du temps, une disponibilité mentale, presque un consentement. FÉMUR y signe une descente intérieure méthodique, inspirée de la figure de la catabase chère à Dante Alighieri, mais débarrassée de tout vernis académique. Ici, l’enfer n’est ni mythologique ni spectaculaire : il est intime, social, émotionnel, parfois dérisoire, souvent violent.
On commence avec Prologue qui agit comme une porte lourde que l’on pousse à contrecœur. Une introduction brève, tendue, presque cérémonielle, qui annonce un album pensé comme un trajet narratif. Tout est en retenue, mais la gravité est déjà là, prête à aspirer l’auditeur.
Les Autres c’est l’enfer s’impose ensuite comme une gifle conceptuelle. FÉMUR y parle du regard des autres comme d’une prison invisible, une pression constante qui déforme les corps et les esprits. Le flow est sec, frontal, porté par une production étouffante qui accentue l’isolement.
Puis vient Nouveaux méchants, un titre qui explore la parano contemporaine : ennemis diffus, violences ordinaires, figures anonymes. Le morceau installe un climat de méfiance permanente, où la menace n’a plus besoin de visage pour exister.
Avec Dante, la référence devient intime. Plus qu’un hommage, c’est une conversation intérieure, un miroir tendu à l’artiste lui-même. Le texte creuse, interroge la notion de chute, sans jamais tomber dans la citation décorative. Puis, Antitube des enfers fait monter la pression : attitude abrasive, presque punk, refus de la résignation. FÉMUR y rappe comme on serre les dents, transformant la colère en moteur vital.
Nouveaux héros dynamite les figures salvatrices. Faux hymne, ironie mordante : le morceau démonte l’illusion du héros moderne, exposant la fragilité derrière la posture tandis que Si Dieu veut ralentit le tempo et installe une tension spirituelle. Foi, fatalisme, espoir contrarié : le morceau avance en clair-obscur, sans jamais trancher, laissant le doute respirer.
Plus sombre encore,Melancholia suspend le temps. Ici, la fatigue émotionnelle s’exprime sans débordement, dans une économie de mots et de sons qui rend le malaise presque confortable, donc dangereux. Douleur & peine poursuit cette introspection avec une sobriété désarmante. Pas de plainte, mais un constat précis, presque clinique, où chaque phrase pèse.
Murder tranche radicalement. Plus froid, plus direct, le morceau évoque la violence comme une conséquence logique d’un monde saturé de frustrations. Un morceau qui contraste avec Happy Life, qui lui, joue la carte de l’ironie. Derrière l’apparente légèreté se cache une critique acide du bonheur normatif, transformé en injonction toxique.
Le morceau 99, quant à lui, fonctionne comme une obsession chiffrée, un compte à rebours mental, symbole d’une pression qui ne disparaît jamais vraiment. Avant dernier morceau de l’album, Hyperspace ouvre une brèche. Le morceau flotte, déréalise, comme une tentative d’évasion mentale hors du labyrinthe émotionnel.
Enfin, Heroes Revenge referme le voyage sans triomphe. Pas de rédemption spectaculaire, mais une sortie consciente, lucide. La revanche ici n’est pas spectaculaire : elle est intérieure, silencieuse, profondément humaine.
Avec Catabase, FÉMUR signe une œuvre dense, cohérente, pensée comme un tout. Un album qui ne flatte pas, mais accompagne. Une traversée sombre, nécessaire, et étonnamment vivante.
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