Sous le ciel instable de Melbourne, HMAS CERBERUS résonne comme un aveu lancé trop tard, une chanson qui ose danser avec les cicatrices sans jamais leur demander pardon.
Il y a dans HMAS CERBERUS cette sensation rare d’entendre un morceau qui ne cherche ni à séduire ni à expliquer, mais à dire. Dire frontalement. Dire sans filtre. Reetoxa s’inscrit ici dans la grande lignée du rock australien des années 90, celui qui sent la bière tiède, la sueur et les silences lourds, tout en lui injectant une urgence contemporaine. Le titre claque comme un nom de code, presque militaire, mais ce qu’il cache n’a rien de stratégique : c’est de la chair, du vécu, et une mémoire qui refuse de se taire.
La chanson se construit comme une traversée mentale. On y sent l’ombre de la Navy, le poids des années passées sous uniforme, et surtout ce qui reste quand on a quitté le navire : l’alcool comme refuge, le PTSD comme colocataire invisible, et cette impression d’avoir raté quelque chose d’essentiel en chemin. HMAS CERBERUS ne romantise rien. Le morceau observe, constate, parfois accuse, mais toujours avec une honnêteté presque inconfortable.
Musicalement, Reetoxa joue sur un équilibre délicat. Les guitares rappellent le grunge et l’alternative rock des années 90, râpeuses sans être sales, mélodiques sans devenir complaisantes. La rythmique avance droit, presque dansante, créant un contraste troublant avec la gravité du propos. C’est là que le morceau devient fascinant : il invite le corps à bouger pendant que l’esprit encaisse. Une forme de catharsis collective, comme si la piste de danse devenait un exutoire temporaire pour des blessures qu’on ne soigne jamais vraiment.
La voix, elle, porte tout. On y entend la fatigue, mais aussi une lucidité tardive. Celle d’un homme qui regarde en arrière, dans un beer garden de Melbourne où les quatre saisons peuvent s’enchaîner en une journée, et qui comprend soudain d’où viennent certaines dérives. Le texte, d’une poésie brute, refuse les métaphores décoratives. Chaque phrase semble issue d’une mémoire précise, presque documentaire, ce qui donne au morceau une force émotionnelle rare dans le paysage rock actuel.
HMAS CERBERUS se distingue parce qu’il ose un sujet encore trop peu abordé frontalement dans la musique rock : les dégâts psychologiques de l’institution militaire, et la manière dont ils s’infiltrent dans la vie civile longtemps après la fin du service. Reetoxa ne propose pas de solution, pas de morale. Juste un miroir. Et parfois, c’est exactement ce dont on a besoin.
Un titre profondément humain, brutal sans être cynique, qui prouve qu’on peut encore faire du rock engagé sans slogan, et transformer la douleur en mouvement. Une chanson qui reste longtemps après l’écoute, comme un grondement sourd sous la peau.
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