Quand Unrelated déboule, ça ressemble à une porte claquée trop fort, suivie d’un sourire qu’on n’assume pas encore.
Il y a dans Unrelated quelque chose de délicieusement désordonné, une façon de foncer tête baissée tout en laissant traîner des miettes d’émotion derrière soi. Le morceau n’essaie pas d’être poli, ni même vraiment cohérent. Il surgit. Il bouscule. Et surtout, il refuse de s’expliquer. C’est précisément là que Fuzzy Feelings trouve sa force : dans cette capacité à transformer le flou en moteur, la confusion en énergie brute.
La guitare arrive comme un réflexe nerveux. Un riff court, râpeux, qui semble enregistré à même le sol, ampli trop fort, murs trop proches. Le tempo file, punk sans être dogmatique, garage sans posture rétro. On sent l’héritage d’une scène lo-fi qui n’a jamais vraiment cherché à bien vieillir, préférant rester vivante, bancale, urgente. Ce n’est pas un hasard si des fantômes comme Guided by Voices ou Ramones planent quelque part dans l’arrière-plan, non pas comme modèles figés mais comme impulsions initiales : faire vite, faire simple, faire vrai.
La voix, mi-chantée mi-parlée, semble toujours à deux doigts de décrocher. Elle ne cherche pas la performance, elle cherche le contact. Il y a quelque chose de presque tendre dans cette nonchalance apparente, une douceur cachée sous la distorsion. Unrelated avance avec cette ambiguïté constante : ça cogne, mais ça caresse aussi. Le refrain n’en est pas vraiment un, plutôt une zone de respiration où la mélodie s’autorise à exister sans se justifier.
Ce qui frappe surtout, c’est la sensation d’instantanéité. Le morceau donne l’impression d’avoir été capturé sur le vif, comme une idée trop bonne pour être retravaillée. Et tant mieux. Chaque seconde respire le DIY assumé, cette esthétique où les défauts deviennent des signatures. On pense à cette génération de groupes pour qui l’émotion prime sur la finition, où l’on préfère une prise imparfaite mais habitée à une version trop propre pour être honnête.
Unrelated ne raconte pas une histoire linéaire. Il suggère des fragments, des états, des sensations contradictoires. C’est une chanson qui ressemble à une pensée parasite, celle qui surgit quand on fait semblant d’aller bien. Fuzzy Feelings transforme cette dissonance intérieure en un morceau court, nerveux, presque addictif, qui donne envie d’appuyer sur « replay » non pas pour comprendre, mais pour ressentir à nouveau.
Dans ce chaos maîtrisé, le groupe rappelle une chose essentielle : parfois, la meilleure façon de se connecter au monde, c’est d’accepter de ne pas l’être tout à fait. Et Unrelated, loin d’être détaché de tout, touche justement parce qu’il refuse les liens trop évidents.
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