Ciclos d’Artomatico n’avance pas droit devant : il tourne, dérive, revient, et finit par déplacer silencieusement notre façon d’écouter.
Tout dans Ciclos semble conçu pour désapprendre les réflexes habituels. Pas d’appel frontal, pas de climax évident, mais une invitation lente, presque sournoise, à entrer dans un état. Artomatico ne compose pas des morceaux, il construit des trajectoires. Son électronique ne cherche ni la performance ni la rupture, mais une forme de continuité sensible, où chaque son paraît issu d’un geste réel, d’un frottement, d’une respiration.
Dès Principio de esperanza, quelque chose se met en place. Une ouverture fragile, esquissée, comme une pensée encore hésitante. Rien n’est posé définitivement. Le disque préfère la suggestion à l’affirmation. Le morceau Ciclos agit ensuite comme une colonne vertébrale invisible : motifs répétés, micro-variations, textures qui se déplacent à peine, mais suffisamment pour maintenir l’oreille en éveil. La sensation évoque celle d’un sillon de vinyle observé de très près : on croit voir la répétition, mais chaque rotation révèle une nuance nouvelle.
Surcos et Tierra lenta renforcent cette relation charnelle au son. Ici, la percussion est centrale, mais jamais spectaculaire. Elle est travaillée comme une matière vivante, filtrée, fragmentée, étirée. Artomatico réussit quelque chose de rare : faire ressentir le poids du geste à travers des procédés électroniques. On entend presque la peau, le bois, la poussière, même lorsque le son devient abstrait.
Puis l’album glisse vers des zones plus introspectives. Diciembre installe une mélancolie diffuse, sans pathos, tandis que Abrigo de niebla enveloppe l’écoute dans une brume feutrée, proche de l’ASMR, sans jamais tomber dans le confort facile. Desoír-huir introduit une nervosité contenue, une impression de fuite intérieure, comme si le cycle se fissurait momentanément.
Big Pseudofiesta surgit alors comme une pièce décalée, longue, dense, presque ironique. Une fête vue à distance, vidée de son euphorie, transformée en rituel mécanique. Le disque se recentre ensuite avec El tiemblo, vibration fragile, avant de réduire encore l’échelle avec Microsilente, minuscule fragment suspendu dans le temps. Big paideia referme l’ensemble sans véritable clôture, laissant le mouvement ouvert, inachevé.
Ciclos ne cherche jamais à impressionner. Il infiltre. Il agit par accumulation discrète, par répétition signifiante, par attention extrême au détail. Artomatico signe un album profondément contemporain, mais hors du temps, qui rappelle que l’électronique peut être un art de l’écoute lente, du corps, de la mémoire. Un disque qui ne se termine pas vraiment, mais qui continue de tourner longtemps après la dernière vibration.
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