Just Different de Richard Green ressemble à cette pensée nocturne qui revient quand le monde s’éteint enfin et que l’on ose se regarder sans filtre.
Rien n’est frontal dans Just Different. Tout est insinuation, nuance, respiration. Dès les premières mesures, le morceau installe une sensation de flottement intérieur, comme un souvenir qui remonte sans prévenir. Richard Green compose ici une pièce qui refuse la catégorisation rapide, préférant habiter un entre-deux délicat, là où le blues dialogue avec le jazz, et où l’écriture classique s’autorise des failles émotionnelles.
Le piano d’Irene Veneziano agit comme une conscience en mouvement. Il ne conduit pas, il accompagne. Chaque note semble posée avec une attention presque tactile, laissant l’espace nécessaire aux silences pour exister pleinement. Les cordes du quatuor Archimia entrent ensuite comme une mémoire collective, enveloppante, jamais démonstrative. Elles ne soulignent pas le propos, elles le prolongent, ajoutant une profondeur presque cinématographique à l’ensemble.
Ce qui frappe, c’est la manière dont Just Different parle de l’adolescence sans jamais tomber dans le cliché. Le morceau ne raconte pas un âge, il restitue un état. Celui de se sentir à côté, décalé, pas tout à fait à sa place. Mais Richard Green inverse subtilement la perspective. Le mot “different” n’est jamais présenté comme une faiblesse. Il devient un espace à habiter, une condition humaine provisoire, parfois douloureuse, mais fondatrice.
Musicalement, la composition joue sur des harmonies qui glissent, hésitent, bifurquent. Les influences jazz et blues ne sont jamais appuyées. Elles affleurent, comme une couleur sous-jacente, donnant au morceau une chaleur inattendue pour une pièce aux racines classiques. Cette hybridation fonctionne précisément parce qu’elle n’est pas revendiquée. Elle est vécue.
On sent dans Just Different une écriture profondément introspective, presque diariste. Une musique qui regarde en arrière sans nostalgie, avec la lucidité de celui qui a compris que le malaise de l’époque n’était pas une erreur de parcours, mais une étape. Le morceau devient alors un geste de réconciliation, une manière de dire que l’inconfort d’hier a permis la sensibilité d’aujourd’hui.
Inscrit dans un projet plus vaste pensé comme un voyage narratif en plusieurs chapitres, Just Different conserve pourtant une autonomie rare. Il peut se suffire à lui-même, comme une parenthèse suspendue, un instant de vérité musicale qui ne cherche ni l’effet ni la validation.
Richard Green signe ici une pièce discrète mais profondément marquante. Une musique qui ne hausse jamais le ton, mais qui reste longtemps en tête et dans le corps. Un rappel élégant que la différence, loin d’être un défaut à corriger, est souvent le point de départ des œuvres les plus sincères
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