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L’interview Première Fois avec Nadia Essah

L’interview Première Fois avec Nadia Essah
  • Publishedjanvier 9, 2026

Artiste d’origine marocaine venue du Norvège, formée autant par les chœurs, le club et les bibliothèques de plugins que par les scènes de quartier, elle a la mémoire pleine de “premières fois” qui disent tout : Nina Simone comme déflagration initiale, flamenco hypnotique en CM1, premier morceau trop triste pour un anniversaire (évidemment en la mineur), un camp d’écriture XXL à 14 ans, Norwegian Idol comme douche froide, puis la reprise en main totale du studio — produire, éditer, décider.

Entre Trondheim, Londres sur écoute et quelques nuits américaines, elle écrit d’instinct, tord les progressions d’accords, refuse le formatage et protège sa santé mentale comme on protège une ligne mélodique. Conversation en mode madeleine : ses premières fois, une à une.


• La première chanson qui t’a émue ?
Sinnerman – Nina Simone.

• Le premier·ère artiste dont tu as été fan ?
Alicia Keys et Christina Aguilera — et Britney, bien sûr ! Avec ma sœur, on achetait ces compils “Hits for Kids” remplies de tubes de majors. J’ai aussi grandi avec beaucoup de musiques d’Afrique du Nord, Ida Kelarová et de la musique “gypsy” (ma mère en était fan). J’adore les musiques dites “du monde” (même si le terme est affreux) aux rythmes complexes et au chant très vocal. Je chantais souvent dans ma brosse à cheveux en dansant sur la table de la cuisine.

• La première chanson que tu as écrite ?
Une chanson d’anniversaire en la mineur pour une amie. Elle a été choquée que je lui écrive (ou écrive tout court) une chanson… et qu’elle soit un peu triste pour son anniversaire. Ça en dit long sur mon catalogue.

• Le premier concert auquel tu as assisté ?
Ma mère produisait une série de concerts “world music” dans ma ville, donc je ne suis pas sûre à 100 %. Mon premier souvenir vraiment marquant, c’est un artiste nommé Pitingo : j’étais en CM1, je crois. Le flamenco m’a complètement fascinée, toute cette émotion. Les choristes m’ont soufflée : tellement puissantes et monstrueusement techniques.

• La première scène que tu as faite ?
Hors duos et chorales, je crois que c’était dans une MJC de ma ville, l’ISAK, à Trondheim. Je jouais de la guitare avec deux amis. J’ai revu des extraits… disons que je suis contente qu’on grandisse. Blague à part, c’était un moment génial à vivre — et à revoir.

• La première fois où tu t’es dit “OK, je suis une artiste” — où, avec qui, et qu’est-ce qui t’a traversé l’esprit ?
Dans ma chambre, chez ma mère. Chambre… que j’ai lentement transformée en studio. J’écoutais le premier album d’Adele. J’aimais chaque titre et j’ai ressenti que je “devais” m’exprimer de la même manière. C’est de l’ordre du réflexe humain, un besoin, quelque chose de nécessaire à la paix intérieure et à la santé mentale — créer, je veux dire.

• La première opportunité musicale qui a changé ta vie d’artiste ?
Mon premier voyage aux États-Unis pour travailler ma musique avec Bobby Icon, un type incroyablement bienveillant (aujourd’hui un ami). Je lui ai envoyé des démos ; il a pris beaucoup de temps pour m’aider à progresser et à trouver la bonne direction. Autre déclic : un grand camp d’écriture vers mes 14 ans. Je n’avais aucune idée d’où je mettais les pieds — jusque-là, j’écrivais avec ma guitare acoustique et le vieux Korg de ma mère. C’était ultra pro : on écrivait pour la K-pop et pour les gagnants d’Australian Idol, c’était le pitch.

• La première déception musicale ?
Norwegian Idol m’est tout de suite venu en tête. Il m’a fallu du temps pour comprendre que c’est surtout un concours de popularité, pas vraiment de musique — et les réseaux n’ont rien arrangé. À 17 ans, réaliser que l’apparence pèse plus que l’artiste et la musicienne, c’était dévastateur. Ça me fend encore un peu le cœur.

• Le premier moment de studio qui t’a retourné le cerveau ?
C’est très précis, mais j’ai été sidérée quand j’ai compris qu’on pouvait éditer les prises MIDI. Ça paraît bête maintenant, mais j’ignorais tout ce qu’on pouvait transformer et faire au studio.

• La première collaboration qui t’a bousculée — et ce que ça a changé ?
Tout simplement écrire avec d’autres. Apprendre aux côtés d’auteurs et de producteurs meilleurs que moi (et à 14 ans, c’était la plupart) m’a façonnée comme autrice, et clairement comme chanteuse de studio. Ce n’est peut-être pas l’angle attendu, mais c’est ce qui m’est venu.

• La première critique qui t’a fait grandir — qu’as-tu changé ensuite ?
À l’Académie norvégienne de musique, mes professeurs m’ont poussée à explorer de nouvelles façons d’écrire des enchaînements d’accords, à les étirer, les tordre. Ça m’a forcée à sortir du réflexe “pop” des quatre mêmes accords. Évident rétrospectivement, mais ça a tout changé musicalement.

• La première fois que tu as annulé quelque chose pour protéger ta santé mentale ?
Je pense aux sessions en tant qu’artiste — surtout avec des producteurs hommes — où l’on me balayait. Ne pas être écoutée, entendre que mes idées “ne servaient pas le morceau” ou “n’étaient pas assez bonnes”… Aujourd’hui, je produis moi-même. Ça m’avait vraiment dégoûtée, épuisée, pour être honnête. Reprendre la main sur ma liberté créative, faire confiance à ma vision, ça a été très libérateur — et je ne suis pas une si mauvaise productrice.

• Le premier salaire dépensé “stupidement” (mais iconiquement) ?
Ça peut sembler ennuyeux, mais je réinvestis tout en matériel. Et c’est très bien ! J’ai récemment acheté un Fender Rhodes MKII et un nouveau synthé.

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Written By
Extravafrench

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