Television de Midsummer Ex ressemble à ce moment suspendu où deux personnes regardent le même écran sans plus partager le même film.
Derrière Television, Midsummer Ex orchestre une mélancolie d’une précision rare. Rien d’explosif, rien de spectaculaire. Tout se joue dans l’usure lente, dans ces micro-écarts qui finissent par créer un gouffre. Television ne raconte pas une rupture. Il en décrit l’évaporation silencieuse, celle qui ne laisse ni cris ni débris, seulement une absence diffuse.
La production s’inscrit dans une synthwave épurée, débarrassée de toute nostalgie tapageuse. Ici, les synthés ne brillent pas, ils veillent. Ils installent un décor nocturne, presque domestique, où chaque son semble provenir d’une autre pièce. Le morceau respire volontairement. Peu d’instruments, beaucoup d’air. Ce choix donne à la guitare électrique une place centrale, presque vulnérable, comme une tentative tardive de contact. Puis arrive ce saxophone solitaire, inattendu, qui agit comme un souvenir qui refuse de disparaître. Une note tenue trop longtemps, et tout bascule.
La voix de Midsummer Ex ne cherche jamais à surjouer l’émotion. Elle reste droite, légèrement distante, comme quelqu’un qui observe sa propre vie à travers une vitre. Cette retenue renforce la gravité du propos. Television parle du quotidien, de la routine, de la fatigue affective. De ces relations qui ne meurent pas brutalement, mais s’éteignent à force de répétition. Le titre est parfaitement choisi. La télévision comme métaphore d’une proximité factice, d’un lien maintenu par habitude plutôt que par désir.
Les fragments parlés en japonais surgissent comme des éclats de mémoire. Pas des souvenirs précis, mais des sensations. Une ville étrangère, une langue que l’on comprend à moitié, un sentiment d’être présent sans vraiment l’être. Cette dimension ajoute une profondeur presque cinématographique au morceau, sans jamais tomber dans l’exotisme facile. Tokyo n’est pas un décor. C’est un état d’esprit.
Musicalement, Television se distingue par sa capacité à conjuguer chaleur et froideur. Les textures électroniques sont lisses, parfois glacées, mais toujours contrebalancées par des éléments organiques. Ce contraste donne au morceau une tension permanente, comme si l’émotion tentait de percer une carapace synthétique. On pense à la pop introspective scandinave, à Robyn dans ses moments les plus solitaires, à Kent dans leur art du non-dit, mais sans jamais sentir le poids de l’influence.
Ce qui touche profondément, c’est la modestie du geste. Midsummer Ex ne prétend pas analyser l’amour, ni en tirer une leçon. Il se contente d’observer. De noter que parfois, rien de dramatique n’arrive, et pourtant tout change. Television s’adresse à celles et ceux qui connaissent cette lente dérive, ce moment où l’on comprend que le lien est toujours là, mais déjà ailleurs.
Un titre nocturne, feutré, d’une élégance douloureuse. Une musique qui n’appelle pas l’attention, mais qui reste, comme la lumière bleutée d’un écran allumé dans une pièce vide.
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