« Avec We Will Get Through This, Chris Oledude choisit la tendresse comme dernier acte de courage dans un monde saturé de violence. »
Il y a des morceaux qui arrivent sans fracas, sans posture, sans besoin de hausser la voix. We Will Get Through This fait partie de ceux-là. Une chanson qui avance à pas lents, presque sur la pointe des émotions, comme si chaque note devait vérifier qu’elle avait le droit d’exister dans un paysage sonore déjà trop bruyant. Chris Oledude ne cherche pas l’effet, il cherche l’essentiel. Et c’est précisément ce qui rend ce titre si nécessaire.
La première sensation est celle d’un apaisement fragile. Une guitare posée, jamais décorative, qui ouvre l’espace plutôt qu’elle ne le remplit. Les harmonies vocales respirent, se répondent, se soutiennent. On pense à ces chansons d’enfance qui ne prétendaient rien d’autre que tenir la main quand tout vacille. Il y a là quelque chose de profondément folk dans l’intention, mais débarrassé de toute nostalgie poussiéreuse. Oledude ne rejoue pas le passé, il s’en sert comme d’un socle moral.
Le morceau fonctionne comme un contrechamp émotionnel. Placé à rebours de la brutalité du monde, il refuse la sidération. Là où d’autres crieraient, Chris Oledude murmure. Là où la colère serait attendue, il propose une promesse. Et cette promesse n’a rien de naïf. Elle est lourde, chargée de fatigue, d’expériences vécues, de deuils invisibles. We Will Get Through This parle moins d’espoir que de persévérance. Une persévérance qui s’apprend au contact de la douleur des autres, notamment celle liée aux fractures psychologiques et aux dépendances.
Musicalement, le titre se tient dans une forme de classicisme assumé. On y perçoit l’ombre des grandes ballades populaires américaines, celles qui savaient unir sans simplifier. L’écho de certains duos mythiques plane, quelque part entre la chaleur d’une comédie musicale et l’intimité d’un salon new-yorkais un soir d’hiver. Cette sobriété est une force. Elle permet au message de circuler sans filtre, sans ironie, sans distance protectrice.
Ce qui frappe surtout, c’est la posture de l’artiste. Chris Oledude ne se place ni en sauveur ni en donneur de leçons. Il se tient à hauteur d’homme, là où aimer devient un acte exigeant. Aimer quelqu’un qui va mal, rester présent quand tout pousse à fuir, accepter que la guérison soit lente et incertaine. Le morceau agit comme un espace sûr, un endroit où l’on peut déposer ses épaules quelques minutes.
Dans un paysage pop souvent obsédé par l’instantané et la performance émotionnelle, We Will Get Through This prend le contrepied. Il s’inscrit dans une tradition de chansons utiles, presque militantes dans leur douceur. Une approche qui rappelle l’héritage de figures engagées comme Pete Seeger, où la musique sert à rassembler plutôt qu’à diviser, à réparer plutôt qu’à dénoncer frontalement.
Ce titre ne cherche pas à devenir un hymne, mais il en a la stature morale. Une chanson qui ne promet pas de solution miracle, mais qui affirme, calmement, que traverser ensemble reste encore possible. Et dans l’époque actuelle, c’est peut-être l’un des gestes artistiques les plus radicaux qui soient.
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