Ultimate Pretenders de Memory Men ressemble à un carnet laissé ouvert sur une table, pages cornées par les nuits blanches, où chaque morceau agit comme une question posée sans attendre de réponse immédiate.
Chez Memory Men, la musique ne cherche pas à séduire rapidement. Elle invite. Elle attend. Elle observe. Ce premier EP n’a rien d’un manifeste tapageur. Il se présente plutôt comme une traversée intérieure, un ensemble de fragments émotionnels reliés par une même obsession : dire quelque chose de vrai, même si la forme reste imparfaite, même si le chemin demeure flou.
L’ouverture, Will You Still Be Mine? Intro, fonctionne comme une porte entrouverte. Quelques notes suffisent à installer un climat fragile, presque suspendu. On sent immédiatement que l’écoute demandera de l’attention, un abandon volontaire. Cette introduction n’explique rien, elle prépare. Elle place l’auditeur dans un état d’attente douce, légèrement anxieuse, comme avant une conversation importante.
Puis Dreamland élargit le cadre. Les claviers dessinent un espace onirique, cinématographique, pendant que les guitares avancent sans éclat inutile. Le morceau donne l’impression de marcher dans un souvenir qui se transforme à mesure qu’on le traverse. Rien n’est figé. Tout flotte. Dreamland n’est pas un refuge confortable, mais un lieu mental instable, où l’on projette autant qu’on se perd.
Le cœur de l’EP bat dans Ultimate Pretenders. Le titre agit comme une déclaration lucide, presque désarmante. Ici, Memory Men met en musique l’idée du masque, de l’identité bricolée, de ces rôles que l’on joue pour tenir debout. Les arrangements gagnent en densité sans jamais devenir écrasants. La tension est permanente, contenue, comme si le morceau refusait la résolution facile. On ne sait jamais vraiment si l’on doit croire ou douter, et c’est précisément là que la chanson trouve sa force.
La version complète de Will You Still Be Mine? approfondit la question esquissée au début. Plus charnelle, plus directe, elle explore la peur de l’abandon sans pathos. La voix reste mesurée, presque pudique. Memory Men préfère suggérer l’émotion plutôt que la marteler. Le morceau avance avec une sincérité désarmante, comme une demande répétée à voix basse.
Testing My Patience introduit une nervosité nouvelle. Les guitares se font plus insistantes, le rythme plus tendu. On y sent l’usure, la fatigue mentale, cette sensation de tourner en rond tout en continuant d’avancer. C’est un titre de friction, un moment où l’EP laisse apparaître ses aspérités, ses contradictions assumées.
La conclusion, Shine, ne cherche pas à refermer proprement le récit. Elle éclaire plutôt ce qui a été traversé. Une lumière diffuse, imparfaite, mais persistante. Shine ne promet pas de victoire éclatante. Elle suggère simplement la possibilité de continuer, malgré le doute, malgré les faux-semblants.
Ultimate Pretenders est un EP qui accepte sa fragilité comme langage. Une œuvre faite maison, au sens noble du terme, où chaque défaut devient une trace humaine. Memory Men ne prétend pas avoir trouvé le son ultime, mais documente honnêtement la recherche. Et dans ce refus de la certitude, dans cette manière de douter à voix haute, se cache déjà une identité forte. Une musique pour celles et ceux qui préfèrent la profondeur aux réponses rapides, et qui savent que parfois, prétendre, c’est aussi survivre.
Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :
