Hellya! claque comme une porte qu’on arrête enfin de refermer doucement, un juron libérateur lancé à la face d’un monde trop étroit, trop normé, trop poli.
Il y a des morceaux qui naissent d’une idée, d’autres d’un besoin. Hellya! appartient clairement à la seconde catégorie. Dès les premières secondes, LESS ne cherche ni à séduire ni à rassurer. Elle attaque. Pas frontalement, pas gratuitement, mais avec cette urgence rare qui traverse le corps avant même de passer par la tête. Le son est brut, nerveux, débarrassé de tout vernis inutile. Un rock qui ne s’excuse pas d’exister, qui assume ses angles, ses tensions, ses aspérités.
Ce qui frappe dans Hellya!, c’est cette sensation d’apathie retournée comme un gant. Là où beaucoup transforment la fatigue en plainte molle, Less choisit la combustion. La guitare est sèche, parfois presque râpeuse, comme si elle refusait toute tentation décorative. La rythmique avance avec une détermination presque entêtée, donnant au morceau un caractère de marche forcée, mais joyeusement irrévérencieuse. On sent l’envie de casser quelque chose, sans forcément savoir quoi, et c’est précisément ce flou qui rend le titre aussi puissant.
La voix, elle, ne surjoue jamais. Elle ne s’installe ni dans la pose rock ni dans la confession plaintive. Elle existe dans un entre-deux fragile, tendu, vibrant. Less ne raconte pas une histoire au sens classique : elle expulse un état. Celui d’une artiste qui refuse désormais de se contenir, de lisser ses émotions pour les rendre acceptables. Hellya! devient alors un geste, presque politique, au sens intime du terme : reprendre possession de son expression, de son corps sonore, de sa colère créative.
On perçoit ici un tournant clair par rapport à ses précédentes explorations plus mélancoliques. Ce single marque une bascule assumée vers des paradigmes plus rock, mais sans jamais tomber dans le revival ou la posture nostalgique. Le morceau regarde autant vers l’héritage alternatif que vers une modernité décomplexée, où l’émotion prime sur la virtuosité, où l’énergie compte plus que la perfection.
Ce qui rend Hellya! particulièrement intéressant, c’est sa sincérité presque dérangeante. Rien n’y est décoratif. Chaque montée, chaque rupture semble dictée par un besoin intérieur plutôt que par une logique de format. C’est un titre qui respire, qui déborde parfois, qui accepte même une certaine forme de désordre. Et dans un paysage musical souvent obsédé par le contrôle, cette liberté sonne comme un luxe rare.
Hellya! n’est pas un hymne générationnel ni un manifeste programmatique. C’est mieux que ça. C’est un moment de vérité capturé sur bande, un instant où une artiste cesse de négocier avec elle-même. Un morceau qui rappelle que le rock, à son meilleur, n’est pas une esthétique mais un réflexe vital. Un cri qui ne demande pas la permission, et qui, une fois lancé, continue longtemps de résonner.
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