Un battement sourd, presque tellurique, puis une voix qui ne cherche pas à convaincre mais à invoquer. Hallelujah. الحمد لله .הללויה. ne démarre pas comme un morceau, il s’ouvre comme un cercle.
Il y a chez Mikey La Luna cette capacité rare à transformer la nuit en espace de rassemblement. Ici, le dancefloor cesse d’être un simple lieu de fuite pour devenir un terrain de connexion. Pas une connexion naïve, encore moins décorative, mais une tension fragile entre spiritualité et corps en mouvement, entre solitude intérieure et pulsation collective.
Le morceau avance sur une base de melodic techno profonde, presque cérémonielle. La rythmique est solide, ancrée, hypnotique, conçue pour durer, pour tenir les corps dans un état de suspension prolongée. Mais ce serait une erreur de le réduire à un simple outil club. Tout ce qui s’y joue se situe ailleurs, dans les couches invisibles. Les voix en hébreu et en arabe ne servent pas un propos dogmatique. Elles agissent comme des textures émotionnelles, des mantras sonores. Elles traversent le morceau comme des prières sans religion, des mots libérés de leur fonction explicative.
La présence de la voix de Daniela Dvash, presque angélique, crée un contraste saisissant. Elle ne domine jamais, elle plane. Elle agit comme un rappel : au cœur de la densité rythmique, quelque chose d’éthéré persiste. Guitares électriques discrètes, nappes quasi liturgiques, résonances orientales : chaque élément semble placé pour ouvrir un espace mental plutôt que pour saturer l’écoute.
Ce qui frappe surtout, c’est l’intention. Hallelujah n’essaie pas de réconcilier par le discours, mais par la sensation. Dans un contexte où les symboles religieux sont souvent instrumentalisés, Mikey La Luna choisit de les désamorcer par la musique. Il ne juxtapose pas les cultures, il les fait respirer ensemble, sans hiérarchie, sans message frontal. Juste une expérience partagée, répétitive, presque trance, où les frontières s’estompent à mesure que le groove s’installe.
On sent l’héritage du danseur, du performeur, du corps comme premier vecteur de sens. Le morceau fonctionne aussi bien à trois heures du matin, dans un club moite, que seul, casque sur les oreilles, dans un moment de repli. C’est là sa force : cette double lecture, intime et collective, méditative et physique.
Hallelujah. الحمد لله .הללויה. n’est pas un hymne, encore moins un manifeste. C’est un espace ouvert. Une invitation à se souvenir que la musique électronique, lorsqu’elle ose ralentir le discours pour amplifier l’émotion, peut redevenir un langage universel. Une nuit, un battement, une voix, et l’impression furtive que, l’espace d’un morceau, tout peut encore se rejoindre.
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