Une chanson qui ne demande pas la permission, qui n’explique rien, qui attrape le corps avant même d’avoir convaincu la tête.
C’est exactement là que ROO choisit de se placer avec 난 따라가 (Drawn to You). Un pas de côté franc, presque insolent, par rapport à l’image cristalline et émotionnelle qu’elle a longtemps incarnée dans les OST de dramas coréens. Ici, pas de larme suspendue ni de silence dramatique : tout est mouvement, pulsation, abandon contrôlé. Une pop qui avance sans regarder derrière elle.
L’accroche du morceau est trompeusement simple. Un groove synthpop immédiatement lisible, une rythmique souple mais insistante, et cette impression très claire que la chanson n’a pas vocation à être analysée mais vécue. Pourtant, en creusant, Drawn to You révèle une intelligence rare dans sa manière de désamorcer l’émotion. ROO ne renie pas sa sensibilité, elle la déplace. Elle la fait circuler ailleurs, dans le balancement du beat, dans les respirations entre les lignes, dans cette façon de chanter qui semble sourire sans jamais forcer la joie.
Ce qui frappe, c’est la liberté. Une liberté presque physique. La production signée Junjaman joue avec des textures synthétiques lumineuses, jamais clinquantes, toujours en suspension. Rien n’est trop appuyé. Les basses glissent, les claviers scintillent sans nostalgie appuyée, et la structure du morceau refuse l’explosion attendue. Pas de climax spectaculaire : juste une montée intérieure, douce mais continue, comme une marche nocturne dans une ville qui ne dort jamais.
ROO chante comme on suit une impulsion. Le titre coréen, 난 따라가, résonne comme une déclaration instinctive, presque animale. Je te suis. Je me laisse entraîner. Ce n’est pas une promesse romantique, encore moins une soumission. C’est un choix. Celui de lâcher la surinterprétation permanente, de privilégier le rythme au doute, le corps à l’angoisse. Dans une pop souvent obsédée par la performance émotionnelle, ce positionnement fait l’effet d’un souffle frais.
On sent aussi une artiste qui se redéfinit. Drawn to You n’est pas une rupture brutale, mais une mue assumée. ROO conserve cette délicatesse vocale qui a fait sa signature, mais elle l’inscrit désormais dans un cadre plus joueur, presque hédoniste. La voix n’est plus un refuge, elle devient un moteur. Elle entraîne, elle incite, elle danse.
À l’écoute, impossible de ne pas penser à cette génération d’artistes asiatiques qui brouillent les frontières entre indie pop, k-pop et synthpop globale, sans chercher à cocher des cases. ROO s’inscrit dans ce mouvement avec une élégance discrète. Elle ne crie pas sa transformation, elle la vit. Et c’est précisément ce qui rend 난 따라가 (Drawn to You) si attachant : cette sensation que la chanson existe pour elle-même, sans stratégie apparente, comme un moment volé au tumulte quotidien.
Ce titre ne cherche pas à devenir un hymne. Il préfère être un réflexe. Une chanson qu’on lance sans raison particulière, juste parce que le corps en a besoin. Et parfois, c’est exactement ce que la pop devrait être : un endroit où penser moins, ressentir plus, et accepter de se laisser entraîner, sans résistance.
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