Nico Guzzi joue sans manette sur The Game of Life, sans règle claire, et surtout sans filet : un album qui regarde le monde droit dans les yeux pendant que tout le monde baisse les siens vers un écran.
Ce disque n’avance pas en ligne droite. Il tangue, bifurque, se contredit parfois, comme une pensée prise au piège de l’actualité permanente. Dès les premières écoutes, une sensation s’impose : The Game of Life ressemble moins à un album qu’à un flux mental organisé, une timeline intérieure où la musique classique, l’électronique et le rap se croisent sans jamais vraiment se saluer. Ce n’est pas une fusion, c’est une friction permanente. Et c’est précisément là que ça devient passionnant.
Nico Guzzi ne cherche pas à séduire. Il observe, il ironise, il appuie là où ça gratte. Les cordes orchestrales ne sont jamais là pour rassurer ; elles surgissent comme des réminiscences d’un monde structuré, presque disparu, aussitôt parasité par des basses synthétiques épaisses, parfois brutales, souvent froides. On a l’impression d’entendre une salle de concert envahie par des serveurs informatiques, ou l’inverse. Cette ambiguïté est le moteur du disque.
L’album se nourrit d’une satire douce-amère de notre époque. Loser agit comme un autoportrait collectif : personne n’est visé, tout le monde est concerné. Le morceau ne juge pas, il constate. Une voix presque détachée, des textures électroniques nerveuses, et ce sentiment diffus d’être spectateur de sa propre vie. Anarchy in Nebbia a Banchi pousse encore plus loin cette idée d’égarement : la musique s’y dilue, volontairement, comme si la clarté était devenue suspecte. On se perd, et c’est voulu.
Mais The Game of Life ne se complaît pas dans le cynisme. Il y a, disséminée dans l’album, une vraie pulsion de dépassement. Follow Me Now fonctionne comme une scène de cinéma intérieur : l’orchestre s’élève, l’électronique se fait moins abrasive, et quelque chose ressemble à un appel. Pas une promesse, plutôt une tentative. The One prolonge cette échappée avec une ampleur presque spirituelle, flirtant avec une forme de pop messianique qui refuse le premier degré.
Ce qui rend l’album singulier, c’est aussi sa manière de traiter la voix. Tantôt chantée, tantôt parlée, parfois rappée, elle semble chercher sa place dans un monde saturé de messages. I’m Not Yours marque un point de rupture clair : une affirmation de soi qui passe autant par le texte que par l’architecture sonore. Les rythmes se désaxent, les genres se brouillent, et l’on sent un plaisir presque physique à faire exploser les cadres.
The Game of Life n’est pas un disque confortable. Il demande du temps, de l’attention, parfois même une légère résistance. Mais il offre en retour une expérience rare : celle d’un album qui accepte la complexité du présent sans chercher à la simplifier. Nico Guzzi signe ici une œuvre hybride, nerveuse, parfois dérangeante, souvent brillante, qui transforme l’absurdité contemporaine en matière musicale vivante. Un album qui ne cherche pas à gagner le jeu, mais à en révéler les règles cachées — et surtout leurs failles.
Pour découvrir plus de nouveautés POP, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAPOP ci-dessous :
