Avec « In excitatione terrae », Viamaer signe un moment de bascule où la violence du son ne cherche plus à écraser, mais à révéler ce qui tremble encore sous la peau.
Entrer dans In excitatione terrae, c’est accepter de marcher pieds nus sur une terre instable. Pas celle des grands manifestes black metal ou des démonstrations shoegaze en clair-obscur stylisé, mais un sol intime, fissuré, vivant. Viamaer ne compose pas pour séduire ni pour s’inscrire dans une lignée facile à nommer. Ici, le son agit comme un état, une réaction organique à ce qui déborde quand les mots deviennent insuffisants.
Dès les premières minutes, quelque chose se joue dans la manière dont les guitares ne saturent pas seulement l’espace mais semblent respirer, s’étirer, se contracter. On sent l’héritage du blackgaze, du post-metal, mais débarrassé de toute posture esthétique. Les couches sonores ne sont pas là pour faire joli : elles s’empilent comme des pensées nocturnes, parfois calmes, parfois menaçantes, souvent contradictoires. La voix masculine, presque spectrale, ne domine jamais le morceau. Elle se fond dans la matière, comme si elle refusait le statut de narrateur pour devenir un simple flux émotionnel parmi d’autres.
Ce qui frappe, c’est cette manière très rare de laisser la brutalité cohabiter avec une forme de méditation. In excitatione terrae n’explose pas, il gronde. Il avance lentement, parfois pesant, parfois suspendu, avec cette sensation étrange que le silence est aussi important que le bruit. Chaque rupture, chaque accalmie semble pensée comme un espace de respiration mentale. On n’écoute pas ce morceau : on y reste.
La force du projet tient précisément dans ce refus de l’efficacité immédiate. Viamaer préfère la durée à l’impact, la densité à la séduction. Les références spirituelles et symboliques – la langue latine, l’idée de cycle, de lumière et d’ombre – ne sont jamais plaquées. Elles infusent discrètement la structure même du morceau, comme si la musique devenait un outil pour traverser des états intérieurs plutôt que pour les expliquer.
Personnellement, In excitatione terrae m’a laissé cette sensation rare d’un morceau qui continue d’agir après l’écoute. Une sorte de résonance sourde, presque physique, qui accompagne longtemps. Ce n’est pas une musique que l’on consomme, mais une musique qui observe, qui attend, qui met face à soi-même sans jamais juger.
Dans un paysage saturé de projets cherchant à repousser les limites du genre à coups de concepts ou de performances techniques, Viamaer choisit une voie plus risquée : celle de l’honnêteté émotionnelle brute. In excitatione terrae n’est ni un single, ni un simple extrait d’album. C’est un fragment d’état intérieur, posé là, sans filtre, pour celles et ceux qui acceptent d’écouter autrement — avec le corps, avec le doute, avec ce qui reste quand tout le reste s’effondre.
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