Avec Honey, Kevin Honold transforme le désir de chaleur en mouvement, et fait de l’amour un rythme qu’on traverse le corps ouvert.
La première chose que Honey impose, ce n’est pas une émotion précise, mais une sensation physique. Quelque chose qui circule. Un balancement immédiat, presque instinctif, comme si le morceau avait été conçu pour remettre le sang en marche après une saison trop longue passée à l’intérieur. Kevin Honold signe ici une chanson qui ne cherche pas à impressionner par l’excès, mais par l’évidence du groove, cette science subtile qui fait qu’un titre s’installe sans demander la permission.
On sent Seattle derrière les vitres, l’hiver qui s’étire, la lumière rêvée plus que vécue. Mais Honey ne s’attarde jamais dans la mélancolie. Au contraire, le morceau agit comme une projection mentale vers le soleil, une manière de convoquer l’été par la répétition, par le mouvement, par le corps. La rythmique avance avec assurance, portée par une pulsation organique qui évoque autant l’indie rock contemporain que certaines tentations pop plus sensuelles, presque charnelles. Rien de froid ici : tout est respirant, vivant, légèrement moite.
La voix de Kevin Honold joue un rôle clé dans cet équilibre. Expressive sans être démonstrative, elle se pose au cœur du morceau comme une présence constante, rassurante, habitée. Il y a dans son interprétation une forme de gratitude tranquille, un chant qui ne réclame pas mais qui offre. Honey parle d’amour, oui, mais sans emphase ni posture héroïque. C’est un amour du quotidien magnifié par le groove, un amour qui danse plus qu’il ne proclame.
Musicalement, la production assume un format full-band qui donne au morceau une dynamique continue. Les guitares ne cherchent pas le riff écrasant ; elles accompagnent, texturent, relancent. La basse et la batterie travaillent main dans la main pour installer cette sensation de traction permanente, ce “pull” dont parle Honold lui-même : un appel discret mais impossible à ignorer. Le morceau avance, encore et encore, comme une marche nocturne éclairée par des néons chauds.
Ce qui rend Honey particulièrement attachant, c’est son refus du cynisme. À une époque où l’indie pop-rock se plaît souvent à disséquer l’amour sous l’angle du doute ou de l’échec, Kevin Honold choisit la célébration incarnée. Pas une célébration naïve, mais une célébration vécue, enracinée dans le réel, dans la présence à l’autre. On sent que cette chanson n’a pas été écrite pour séduire un algorithme, mais pour quelqu’un de précis. Et paradoxalement, c’est ce qui la rend universelle.
À l’écoute répétée, Honey devient ce genre de morceau qu’on associe à un moment plutôt qu’à une idée : une route au crépuscule, une fenêtre ouverte, une pièce qui se remplit lentement de chaleur. Kevin Honold confirme ici une écriture tournée vers le lien, vers la connexion directe entre rythme, émotion et narration. Honey n’explique pas l’amour : il le fait bouger. Et parfois, c’est exactement ce qu’on attend d’une chanson.
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