Sur Nourallah, Salim Nourallah chante le désenchantement comme d’autres écrivent des lettres d’amour : sans illusion, mais avec une foi intacte dans la mélodie.
Oublie l’idée d’un album qui chercherait à séduire au premier regard. Nourallah s’approche plutôt comme une conversation entamée tard dans la nuit, quand les certitudes sont déjà parties dormir et que restent les vraies questions. Salim Nourallah ne force rien. Il avance à pas mesurés, avec cette élégance tranquille propre aux artistes qui n’ont plus besoin de prouver quoi que ce soit — seulement de dire juste.
https://salimfnourallah.bandcamp.com/album/nourallah
Dès l’entrée, l’album impose une sensation presque physique : celle d’un temps suspendu. La production est d’une clarté volontairement modeste, jamais clinquante, comme si chaque arrangement refusait de détourner l’attention de l’essentiel. Guitares limpides, rythmiques souples, harmonies vocales discrètes mais précises : Nourallah écrit de la pop rock qui connaît ses classiques, mais qui préfère la maturité à la citation appuyée. On pense parfois aux grands artisans américains, à cette tradition où la chanson sert de véhicule à une pensée plus vaste, plus inquiète aussi.
Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont Salim Nourallah traite le désenchantement. Pas de pose cynique, pas de grand geste dramatique. Le doute est ici un matériau noble. Here for the Tears donne le ton : une entrée en matière qui accepte la tristesse comme une compagne familière, presque nécessaire. Judgment Day ne brandit aucun verdict, il observe les contradictions humaines avec une ironie douce-amère, jamais méprisante. Tout au long du disque, Nourallah excelle dans cet art délicat de regarder le monde en face sans hausser la voix.
I’m in Love with a Nihilist pourrait passer pour une provocation, mais le morceau agit plutôt comme un miroir. Derrière le titre, une chanson étonnamment tendre, où la mélodie enveloppe une réflexion sur le vide, l’amour et ce qu’il reste quand les grandes croyances s’effondrent. Time Is Not Your Friend resserre l’étau émotionnel : le tempo, les accords, laissent transparaître une urgence feutrée, celle de quelqu’un qui sait que le temps n’est jamais un allié, seulement un compagnon indifférent.
Plus l’album avance, plus il s’autorise des zones d’ombre fascinantes. Buddha Blind et Born with a Broken Heart creusent la question de la foi, de l’héritage spirituel et familial, sans jamais chercher la réconciliation facile. The Mustache Years joue avec la mémoire, entre nostalgie et lucidité, tandis que The Victim et Keep the Crazy refusent toute posture victimaire, préférant l’autodérision comme ultime résistance.
La fin du disque, portée par Another Hateful Day et Damage, ne cherche pas à refermer la plaie. Elle la laisse respirer. Et c’est peut-être là la plus grande réussite de Nourallah : proposer un album qui ne guérit pas, mais qui accompagne. Un disque qui ne promet rien d’autre qu’une honnêteté absolue, portée par une écriture fine, une musicalité sans esbroufe et une vision du monde profondément humaine.
Salim Nourallah signe ici un album rare, de ceux qui s’installent lentement dans la vie de l’auditeur. Pas pour faire oublier le chaos ambiant, mais pour apprendre à le regarder sans baisser les yeux.
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