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Music Rock

Ulaş Nikbay fait plier la ville avec « Şiirimin Bağlacında Bağdaş Kurdular », manifeste poétique pour oreilles indociles

Ulaş Nikbay fait plier la ville avec « Şiirimin Bağlacında Bağdaş Kurdular », manifeste poétique pour oreilles indociles
  • Publishedjanvier 25, 2026

Une chanson qui ne frappe pas à la porte de l’émotion : elle s’assoit au sol, en tailleur, et attend que tout s’écroule autour.

L’écoute commence comme une infiltration. Pas de prélude spectaculaire, pas de fausse promesse mélodique : juste une avancée calme, presque obstinée, une guitare qui trace une ligne droite dans un paysage intérieur déjà fissuré. Şiirimin Bağlacında Bağdaş Kurdular ne cherche pas à séduire, elle cherche à tenir. Tenir face au bruit, face à la ville, face à cette sensation diffuse d’être là sans y être vraiment.

Chez Ulaş Nikbay, la musique n’est jamais séparée de l’écriture. On le sent immédiatement : chaque respiration, chaque silence semble pesé avec la même attention qu’un vers de poésie. Le morceau avance sur un tempo de marche urbaine, ni pressé ni ralenti, comme si l’artiste refusait à la fois la fuite et l’immobilité. Une tension discrète mais constante s’installe, portée par des textures électriques en arrière-plan, presque timides, qui ne cherchent pas à prendre le pouvoir mais à épaissir l’air.

Ce qui frappe, c’est cette manière de faire exister la langue turque sans la traduire, sans la simplifier. Même sans en saisir chaque mot, on comprend tout. Les couleurs deviennent des états mentaux, les paysages des cicatrices, la ville un organisme qui observe, juge, tente de contenir. Istanbul n’est jamais nommée comme une carte postale : elle agit comme une force, un décor contraignant où l’individu doit réinventer sa place, parfois en se retirant, parfois en résistant sans bruit.

Le refrain, obsédant, agit comme une faille chromatique. Ce violet qui glisse vers le bleu n’est pas un effet poétique gratuit : c’est une zone de transition, un espace mental où l’identité se dilue sans disparaître. Là où beaucoup de morceaux alternatifs surjouent la colère ou la nostalgie, Nikbay choisit la persistance. Il ne crie pas, il reste. Et ce choix est politique, presque radical.

On perçoit aussi, en filigrane, une culture songwriter nourrie autant par le rock alternatif que par une sensibilité plus orientale, sans jamais tomber dans l’ornement. Tout est retenu, comme si chaque élément devait justifier sa présence. Cette économie de moyens renforce l’impact émotionnel : plus le morceau se dépouille, plus il devient dense.

Şiirimin Bağlacında Bağdaş Kurdular n’est pas un titre à consommer distraitement. C’est une pièce qui demande de l’attention, de la disponibilité, presque une forme de lenteur volontaire. Une chanson qui ne cherche pas à accompagner le monde tel qu’il va, mais à en révéler les failles silencieuses. Et dans cet espace fragile, Ulaş Nikbay installe une voix singulière, rare, profondément nécessaire.

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Written By
Extravafrench

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