Un album qui ne cherche pas l’approbation mais l’impact, porté par une urgence physique, politique et viscéralement humaine.
Mooreish m’a frappé comme un disque qu’on n’écoute pas à moitié. Dès les premières minutes, je comprends que Jay Serrao n’est pas là pour faire joli ni pour rejouer les gloires passées du rock britannique. Il est là pour dire quelque chose, avec le corps, avec les tripes, avec cette voix qui porte les cicatrices d’une vie vécue à hauteur d’homme. Et ce qui me marque immédiatement, c’est cette absence totale de pose : tout sonne droit, frontal, habité.
Derrière le nom Whiskey General, Mooreish se déploie comme un album de rock classique dans le sens le plus noble du terme : riffs solides, structures claires, mais jamais figées. The Beast ouvre le bal sans détour. Un titre sec, tendu, presque brutal, qui pose le cadre : ici, l’énergie ne sera jamais décorative. Elle sert un propos, une colère maîtrisée, une envie de secouer.
Avec Love Like a River, le disque prend une ampleur politique assumée. L’ajout du Zamar Gospel Choir transforme le morceau en moment collectif, presque cérémoniel. Ce n’est pas un gadget sonore, c’est une respiration morale. J’y entends une tentative sincère de lier rock et conscience, sans slogan ni morale simpliste. Et ça fonctionne, parce que la musique reste au premier plan.
Lions arrive ensuite comme un cri de ralliement. Batterie martiale, refrains fédérateurs, cuivres ukrainiens qui donnent au morceau une dimension presque symbolique. On sent le goût du stade, du collectif, du mouvement. Personnellement, je n’y vois pas qu’un hymne : j’y entends surtout un besoin de se tenir debout, ensemble, face à ce qui écrase.
Le disque sait aussi ralentir sans perdre sa tension. Wind Up Toy Car est, à mes yeux, l’un des sommets émotionnels de l’album. Le morceau respire, laisse la guitare parler, s’étirer, raconter ce que les mots ne peuvent pas toujours dire. Il y a là une mélancolie contenue, presque pudique, qui donne à Mooreish toute sa profondeur.
Avec In Memoriam, Jay Serrao touche à quelque chose de plus intime encore. Le morceau agit comme une pause nécessaire, un hommage discret, un moment suspendu. Le titre de l’album prend alors tout son sens : quelque chose d’inachevé, de laissé volontairement ouvert, qui continue de résonner après la dernière note Mooreish_-_Press_Release_2025.
Les bonus tracks, Shotgun et Truth And Lies, prolongent cette sensation de disque généreux, jamais rassasié. Shotgun mord à pleines dents dans un blues-rock nerveux, presque routier, pendant que Truth And Lies ferme la marche avec une lucidité calme, sans emphase inutile.
Pourquoi écouter Mooreish aujourd’hui ? Parce qu’il rappelle que le rock britannique peut encore être vivant, engagé, incarné, sans singer le passé. Parce que Jay Serrao écrit comme on se relève, sans fioritures, mais avec une détermination farouche. Et parce que ce disque prouve qu’un album peut encore être pensé comme un tout, une trajectoire, une prise de position.
Mooreish ne cherche pas à flatter. Il insiste. Il persiste. Il laisse cette sensation rare : celle d’en vouloir encore, précisément parce que tout n’a pas été dit.
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