Un disque qui sourit de travers, regarde la violence contemporaine droit dans les yeux et choisit le fuzz plutôt que le silence.
Karma Smile n’est pas un album confortable, et c’est précisément pour ça qu’il mérite d’être écouté. Dès les premières écoutes, je ressens cette impression rare : celle d’un artiste qui n’a plus envie de plaire, ni même de convaincre, mais simplement de dire. Dire sa colère, son dégoût, son incrédulité face à un monde qui justifie l’injustifiable tout en demandant aux artistes de rester polis. Coolonaut refuse ce contrat tacite. Il l’écrase sous une guitare saturée et un sourire karmique à peine ironique.
Derrière Coolonaut se cache un musicien écossais exilé en Australie rurale, qui enregistre seul, sur une machine analogique 8 pistes, avec une obsession quasi militante pour le son des années 60. Pas par nostalgie décorative, mais parce que cette époque savait encore faire de la musique un espace de contestation frontale. Ici, pas de vernis numérique, pas de production lisse : chaque morceau respire l’imperfection volontaire, la discipline artisanale, l’urgence.
L’album navigue constamment entre chronique du quotidien et colère politique. Confabulation et Boganville dressent des portraits presque absurdes, pleins d’ironie, comme pour rappeler que le monde continue de tourner pendant que tout s’effondre. J’y entends une forme d’humour noir très britannique, presque mod, qui désamorce sans jamais minimiser.
Volvoman est un éclat d’excentricité pure, court, nerveux, presque cartoon, avant que The Reckoning ne vienne recentrer le propos. Ce titre agit comme un point de bascule : plus sombre, plus frontal, il annonce clairement que l’album ne se contentera pas d’observer. Il juge. Et il attend que les comptes soient rendus.
La pièce centrale, Karma Smile, condense toute la philosophie du disque. Une mélodie presque lumineuse, trompeuse, sous laquelle gronde une certitude implacable : la justice karmique finira par rattraper ceux qui détruisent, tuent, effacent. Ce contraste entre douceur psychédélique et rage morale est l’un des grands tours de force de l’album.
Be On The Right Side et I Don’t Need To Apologise assument pleinement la posture politique. Aucun appel creux à la paix abstraite, aucune neutralité confortable. Coolonaut refuse la tiédeur et le faux équilibre. Personnellement, je trouve cette honnêteté presque dérangeante — et donc nécessaire.
L’émotion affleure différemment sur Pebble Dash Heaven, souvenir d’enfance écossais, fragile, presque tendre. Comme si l’artiste rappelait ce qui est réellement en jeu : une humanité capable de mémoire, d’imaginaire, de douceur. Rainbow et Into The Sun n’offrent pas de rédemption facile, mais la possibilité de continuer malgré tout.
Pourquoi écouter Karma Smile ? Parce qu’il rappelle que le rock peut encore être un acte de résistance. Parce qu’il ose dire que l’époque n’autorise plus la distraction permanente. Et parce qu’il prouve qu’un artiste inconnu peut parfois être bien plus courageux que ceux qui remplissent les stades.
Karma Smile n’est pas un album pour s’évader. C’est un album pour rester éveillé. Et dans le monde actuel, c’est déjà un geste radical.
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