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Quand le trip-hop respire encore le jazz : Draiocht313 replonge « Waterbaby » dans la pénombre

Quand le trip-hop respire encore le jazz : Draiocht313 replonge « Waterbaby » dans la pénombre
  • Publishedjanvier 26, 2026

Avec « Waterbaby », Draiocht313 ne fait pas une cover : il rouvre un passage secret entre le souffle de 1959 et les ombres épaisses de 1995.

Il y a des morceaux qui semblent hors du temps, et puis il y a ceux qui décident de s’y installer pleinement, d’en explorer les strates, les fantômes, les aspérités. Waterbaby, revisité par Draiocht313, appartient clairement à cette seconde catégorie. Dès les premières secondes, l’écoute ralentit le monde. Le tempo respire, la matière sonore se déplie, et quelque chose de profondément organique s’impose dans un paysage électronique trop souvent figé.

Ici, le trip-hop n’est pas un revival nostalgique plaqué sur une esthétique vintage. Il agit comme une mémoire vivante. Une manière de rappeler que le fameux “Bristol sound” n’était pas seulement une affaire de textures sombres ou de beats lents, mais une question d’attitude, de souffle, de laisser-faire contrôlé. Draiocht313 capte précisément cela : l’imperfection assumée, le flottement rythmique, cette sensation que la musique se crée au moment même où elle est jouée.

La philosophie d’enregistrement est centrale dans cette version de Waterbaby. On sent le choix délibéré de s’éloigner des productions verrouillées au clic, calibrées à l’extrême. Les synthés analogiques vivent, la basse avance avec une souplesse presque humaine, et le morceau semble parfois hésiter — non par faiblesse, mais par liberté. Cette respiration rappelle autant le modal jazz que le trip-hop originel, celui qui empruntait au sampling son grain, mais au jazz son âme.

Ce qui frappe, c’est la cohérence de l’univers. Le son est nocturne, enfumé, presque tactile. On entend le grain, le souffle, parfois même la fatigue des machines. Chaque détail donne l’impression d’un espace réel, d’une pièce habitée plutôt que d’un projet numérique abstrait. Waterbaby devient alors un lieu plus qu’un simple morceau : un coin sombre où l’on reste, où l’on observe, où l’on laisse les pensées dériver.

Detroit n’est jamais loin dans cette approche. Pas comme une carte postale, mais comme un héritage souterrain : celui d’une ville où la musique a toujours su mêler futurisme et mélancolie, machine et chair. Draiocht313 s’inscrit dans cette tradition sans la citer frontalement. Il préfère la suggestion, l’atmosphère, la tension lente. Une musique pensée autant pour l’écoute profonde que pour accompagner des images mentales, presque cinématographiques.

Ce Waterbaby fonctionne aussi comme un geste politique discret. À l’heure des productions lisses et souvent désincarnées, le choix du “imperfect by design” agit comme une résistance. Une manière de rappeler que la musique peut encore transpirer, vibrer, se tromper légèrement — et que c’est précisément là qu’elle touche juste.

Plus qu’un simple hommage, Draiocht313 propose un pont. Entre deux époques réputées “cool”, entre le jazz qui cherchait la première pensée et le trip-hop qui aimait les zones grises. Waterbaby ne cherche pas à impressionner : il enveloppe, il hante, il reste. Une pièce dense, élégante, profondément habitée — et une preuve que certaines musiques ne vieillissent pas, elles se transforment.

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Written By
Extravafrench

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