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Music Pop

Quand le corps vacille, la musique apprend à tenir debout avec Anusha sur « Weights »

Quand le corps vacille, la musique apprend à tenir debout avec Anusha sur « Weights »
  • Publishedjanvier 29, 2026

Weights n’allège rien. Elle apprend plutôt à porter, à respirer sous la charge, à regarder le vide sans baisser les yeux.

Le premier contact avec Weights ne ressemble pas à une écoute, mais à une suspension. Comme si le temps se froissait légèrement, comme si l’on entrait dans une pièce où quelqu’un a déjà pleuré avant nous. La voix d’Anusha ne cherche ni l’effet ni la séduction immédiate. Elle arrive nue, presque tremblante, et s’installe là où beaucoup de chansons n’osent pas rester : dans l’après-coup. Ce moment où la douleur n’explose plus, mais persiste. Où elle pèse.

https://anusha.bandcamp.com/album/weights

Tout, dans Weights, est affaire de gravité. Pas la gravité solennelle, mais celle du corps, du quotidien, de ce qui change sans prévenir. Les cordes ne décorent pas, elles encerclent. Elles forment une architecture fragile, comme un plafond trop bas sous lequel on apprend à marcher autrement. La production épouse cette sensation de retenue permanente : rien n’est appuyé, tout est tenu, comme si la chanson elle-même craignait de rompre l’équilibre qu’elle tente de reconstruire.

Ce qui frappe, c’est la manière dont Anusha transforme une expérience intime et brutale en matière sonore. Ici, la chambre pop n’est pas un refuge confortable mais un laboratoire émotionnel. L’acoustique, volontairement organique, évoque un héritage ancien sans jamais tomber dans le pastiche. On sent le geste artisanal, la prise unique, la tension de l’instant. En cherchant ce grain vocal proche des grandes confessions seventies, Anusha ne rend pas hommage, elle dialogue. Elle parle à travers le temps, depuis un présent instable.

Dans l’écriture, aucune posture héroïque. Weights refuse la résilience facile. Elle parle à celles et ceux qui se sentent seuls au bord de leur propre récit. On pense à la précision émotionnelle de Mitski, à la lucidité parfois brutale de Fiona Apple, mais Anusha ajoute quelque chose de plus feutré : une douceur inquiète, presque chuchotée, qui rappelle que survivre n’est pas toujours spectaculaire.

La force du morceau tient aussi à ce qu’il ne ferme aucune porte. Weights ne conclut pas, elle accompagne. Elle accepte l’inachevé, le flottement, la peur de ne pas redevenir celle que l’on était. Musicalement, c’est une œuvre de tension contrôlée, émotionnellement, une lettre ouverte adressée à ceux qui n’ont plus de certitudes mais refusent encore de disparaître.

En quittant Weights, on ne se sent pas réparé. On se sent reconnu. Et c’est peut-être là, aujourd’hui, le geste artistique le plus politique et le plus rare.

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Written By
Extravafrench

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