Le morceau « De l’intérim au platine » ne rêve pas de réussite, il la regarde de loin, badge encore autour du cou, en se demandant combien de temps il faudra tenir avant d’y croire.
Il y a quelque chose de profondément honnête dans De l’intérim au platine – Léviator. Une honnêteté qui ne cherche pas l’émotion facile, ni la posture du survivant héroïque. AF SANGO pose ici les bases d’un projet qui ne veut ni accélérer le récit, ni enjoliver le parcours. Le rap devient un carnet de bord, écrit à hauteur d’homme, entre deux missions, entre deux doutes, entre deux fins de mois.
La production est sobre, presque austère. Boom bap lent, sombre, sans emphase inutile. Le beat ne cherche pas à capter l’attention, il la laisse venir. Il sert de sol, pas de décor. Cette retenue volontaire place immédiatement l’écriture au centre. Ici, chaque mot compte parce qu’il n’est pas couvert par le bruit. Le morceau avance à un rythme calme, celui de quelqu’un qui a compris que la précipitation est un luxe.
AF SANGO rappe sans lever la voix. Son flow est posé, précis, presque méthodique. Il ne s’agit pas de briller techniquement, mais de tenir une ligne. On sent une volonté claire : raconter sans se plaindre, décrire sans dramatiser. L’intérim n’est pas présenté comme une tragédie, mais comme une réalité structurante. Une étape longue, floue, fatigante, où l’on apprend la patience, l’effacement, la répétition.
Ce qui frappe, c’est la manière dont le morceau refuse la mythologie habituelle du rap. Pas de success story prémâchée, pas de revanche spectaculaire. Le platine n’est pas encore là, et c’est précisément ce qui rend le titre crédible. De l’intérim au platine fonctionne comme une promesse différée, pas comme une certitude. Le storytelling se construit dans la durée, avec l’idée que la trajectoire compte plus que l’arrivée.
Léviator, sous-titré comme un premier volume, annonce clairement une narration pensée sur le long terme. On n’est pas face à un coup isolé, mais à l’ouverture d’un journal musical. Cette approche sérielle donne au morceau une densité supplémentaire : il ne cherche pas à tout dire, il installe un climat, une voix, un regard. Celui d’un artiste qui préfère documenter plutôt que fantasmer.
Il y a dans ce titre une fatigue sourde, mais jamais résignée. Une lucidité calme, presque professionnelle, face aux injonctions à réussir vite, à se vendre fort, à se raconter mieux que la réalité. AF SANGO choisit l’inverse : rester proche du sol, parler vrai, accepter la lenteur comme méthode.
Dans un rap français souvent pris entre performance et introspection théâtrale, De l’intérim au platine fait le choix d’une écriture discrète, mais solide. Une écriture qui ne cherche pas à séduire immédiatement, mais à s’installer. Et parfois, c’est précisément ce type de voix-là qui dure le plus longtemps.
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