Avec « Lanzarote », PSTMRD ne décrit pas une île : il la traverse, la dissèque, l’écoute respirer jusqu’à ce que le paysage devienne une méthode de composition.
Il y a des disques qui s’écoutent, et d’autres qui s’habitent. Lanzarote appartient clairement à la seconde catégorie. Dès les premières secondes, PSTMRD, producteur et compositeur basé à Gênes, installe une sensation rare : celle d’un temps suspendu, minéral, presque hostile, mais profondément magnétique. Ici, l’électronique ne cherche ni le groove immédiat ni la performance technologique. Elle agit comme un sol volcanique encore chaud, instable, prêt à craquer sous le pas de l’auditeur.
L’album s’ouvre sur Intro, pièce liminaire qui fonctionne comme un sas de décompression. Rien n’est spectaculaire : quelques textures flottantes, un souffle électronique à peine matérialisé. Pourtant, tout est déjà là. Le rapport au vide, à l’espace, à la lente installation du climat sonore. PSTMRD annonce sa méthode : prendre le temps, refuser l’urgence, laisser les fréquences raconter ce que les mots ne peuvent pas formuler.
Fullmoon, premier véritable point d’ancrage, agit comme une mise en orbite. Le morceau joue sur une rythmique IDM discrète mais précise, héritière autant des premières expérimentations d’Aphex Twin que d’une électronique plus clinique à la Ryoji Ikeda. Mais là où certains cherchent l’abstraction froide, PSTMRD injecte une chaleur analogique subtile. Les synthés semblent légèrement désaccordés, presque organiques, comme s’ils respiraient. On n’écoute pas Fullmoon, on la laisse tourner autour de soi.
Avec Vulcano, le disque commence réellement à gronder. Les basses s’épaississent, les textures se fragmentent, la structure se fait plus tellurique. Ce n’est pas une explosion : c’est une pression lente, continue, qui s’accumule. PSTMRD maîtrise l’art de la tension contenue, préférant l’inquiétude diffuse à la décharge cathartique. Une électronique de paysage, pas de dancefloor.
Dune marque un léger déplacement émotionnel. L’apparition de la voix de Francesca Bisacchi n’humanise pas le disque de manière frontale ; elle agit plutôt comme un mirage. La voix flotte, intégrée à la matière sonore, jamais dominante. Elle devient texture parmi les textures, rappelant que Lanzarote n’est pas un album narratif, mais un récit sensoriel.
Peaks et The Wave prolongent cette logique d’exploration. Le premier joue sur des motifs répétitifs qui évoluent imperceptiblement, comme des reliefs observés sur plusieurs heures. Le second adopte une dynamique plus fluide, presque hypnotique, où les modulations semblent se déplacer comme une houle électronique lente. PSTMRD montre ici une science fine de la spatialisation : chaque son a une place, chaque fréquence semble pesée.
Le disque se referme sur Lanzarote, pièce longue et expansive qui synthétise tout ce qui précède. Douze minutes sans démonstration, sans climax artificiel, mais avec une cohérence rare. C’est une conclusion qui ne ferme rien : elle laisse l’auditeur dans un état de suspension, comme après une traversée trop courte.
Avec Lanzarote, PSTMRD confirme une identité forte au sein de l’électronique expérimentale européenne. Ancré dans une culture IDM classique mais nourri par une recherche modulaire contemporaine, l’album refuse les effets de mode pour construire un langage personnel, précis, profondément immersif. Un disque qui ne s’impose pas par la force, mais par la persistance. Et qui, longtemps après l’écoute, continue de vibrer quelque part sous la surface.
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