Quasi-Human[e] agit comme un sas de décompression sonore, un moment suspendu où Komok interroge la frontière floue entre la machine, le corps et le mouvement.
Il y a dans Quasi-Human[e] une sensation très précise : celle d’un pas posé sur un sol inconnu, légèrement instable, mais étrangement accueillant. Komok, projet du compositeur italien Alessandro Inglima installé à Londres, Royaume-Uni, signe ici un premier manifeste électronique qui ne cherche ni l’efficacité immédiate ni la démonstration de force. Au contraire, le morceau avance à vitesse humaine — 115 BPM — comme si le groove lui-même hésitait entre pulsation organique et mécanique bien huilée.
La basse roule en continu, épaisse sans être écrasante, dessinant une trajectoire circulaire qui rappelle autant l’acid house originelle que certaines errances IDM plus cérébrales. Elle n’impose rien, elle entraîne. Autour, les percussions sont volontairement rugueuses, presque sales, avec ce grain qui évoque les clubs souterrains autant que les expérimentations big beat des années où la danse se faisait encore avec les coudes. Rien n’est lisse ici, et c’est précisément ce qui rend l’ensemble vivant.
Les synthés analogiques, eux, semblent légèrement désaccordés, comme passés à travers un champ magnétique. Ils ondulent, se déforment, apparaissent puis disparaissent, donnant au morceau une dimension cosmique sans jamais tomber dans le cliché spatial. On sent l’influence de l’imaginaire du voyage interstellaire, mais traité avec une approche artisanale, presque bricolée, loin des visions futuristes clinquantes. Quasi-Human[e] ne décrit pas l’espace, il le suggère.
Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont Komok articule la répétition. Le motif central se répète, oui, mais chaque boucle apporte une micro-variation, une nuance rythmique ou texturale qui maintient l’attention. Cette logique rappelle autant le funk robotique des débuts de Daft Punk que l’esprit joueur et déstructuré d’Aphex Twin, tout en laissant filtrer une nostalgie discrète héritée du vaporwave et des musiques de jeux vidéo anciens.
On devine ici le passé d’Alessandro Inglima entre musique et image. Quasi-Human[e] se vit comme une bande originale sans film, ou plutôt comme la musique d’un microfilm mental que chacun projette différemment. Ce n’est pas un morceau qui explose sur le dancefloor ; c’est un titre qui s’insinue, hypnotise, et finit par modifier subtilement la perception du temps.
Avec ce premier single issu de Protopia, Komok ne cherche pas à définir un genre, mais à ouvrir un territoire. Un espace où la danse devient introspective, où la machine semble apprendre à respirer, et où l’humain, paradoxalement, se redécouvre à travers le rythme.
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