Avec “Ad Astra”, Stone Sea signe un disque massif et habité, pensé comme un trajet intérieur où la lourdeur devient langage et la lenteur, une forme de lucidité.
Oublie l’idée du disque conçu pour l’instant. “Ad Astra” ne surgit pas, il s’accumule. On sent, dès les premières minutes, que cet album n’est pas né dans l’urgence mais dans l’usure, le déplacement, la mue lente. Stone Sea, groupe formé au Brésil, mûri en Irlande et désormais ancré en Espagne, porte dans ses riffs cette géographie éclatée. Une musique qui a voyagé, qui a encaissé, qui a changé de peau sans jamais se délester de son poids.
L’entrée en matière se fait par “Stain”, morceau râpeux, presque poisseux, qui pose le décor : guitares épaisses, groove qui avance comme un corps fatigué mais déterminé, voix enfouie dans la matière sonore. Rien n’est décoratif ici. Tout semble pensé pour installer une tension durable, une sensation d’enfermement qui ne cherche pas encore l’issue. “Time to Change” vient ensuite fissurer ce bloc initial. Plus frontal, plus directement accrocheur, le morceau joue sur un contraste entre urgence rythmique et refrain presque résigné. Comme si la promesse du changement était déjà contaminée par le doute.
“Age of Tears” est sans doute l’un des cœurs émotionnels du disque. Stone Sea y ralentit le tempo, étire les silences, laisse les riffs respirer jusqu’à devenir presque méditatifs. La lourdeur se fait introspective, moins écrasante que mélancolique. On y entend une réflexion sur la fatigue collective, sur cette époque qui semble pleurer sans savoir exactement pourquoi. “Alien” prolonge cette sensation d’étrangeté, mais avec une énergie plus abrasive. Le groove y devient hypnotique, presque circulaire, évoquant la perte de repères, l’identité qui se dilue sous la pression sociale et technologique.
Avec “Left to Be”, l’album se replie sur lui-même. Le morceau agit comme une zone de suspension, un espace plus nu, où la répétition devient une forme de refuge. On sent Stone Sea à l’aise dans ces moments où le métal frôle le drone, où la musique cesse d’avancer pour simplement exister. Puis vient “Ad Astra”, pièce-titre et conclusion logique de ce parcours. Le morceau regarde vers le haut sans jamais nier la boue sous les pieds. Il ne promet pas de salut facile, mais une transformation possible, lente, douloureuse, nécessaire.
“Ad Astra” n’est pas un disque qui cherche à séduire vite. C’est un album pensé comme un organisme, où chaque morceau dialogue avec le précédent, où les thèmes — addiction, mutation, effondrement, renaissance — se répondent sans jamais se répéter à l’identique. Stone Sea revendique une vision presque archaïque de l’album, comme œuvre complète, et cette ambition se ressent à chaque instant. Un disque dense, lourd, mais étonnamment humain, qui préfère la profondeur au bruit et la durée à l’impact immédiat.
Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :
