The Night de Taquirah n’éclaire rien : il enveloppe, il retient, il fait durer l’instant jusqu’à ce que le corps oublie l’heure.
La nuit n’est pas ici un décor, mais une matière. The Night ne raconte pas une histoire au sens narratif : il installe une sensation continue, un état suspendu où le désir circule sans jamais se précipiter. Taquirah s’inscrit dans cette lignée rare d’artistes capables de faire du néo-soul contemporain un espace respirable, sensuel, presque tactile, sans le figer dans une esthétique rétro ou un R&B formaté.
Musicalement, The Night avance à pas feutrés. La production, d’une grande sobriété apparente, joue sur des couches très fines : une ligne de basse chaude mais jamais envahissante, un groove discret qui évoque davantage la respiration que la danse, et des textures harmoniques qui glissent plutôt qu’elles ne s’imposent. On est loin d’un néo-soul démonstratif. Ici, chaque élément semble pesé pour laisser de la place au silence, à l’air entre les notes.
Le travail rythmique est particulièrement intéressant. Le morceau adopte un tempo lent, presque alangui, mais refuse l’immobilité. Il y a un balancement constant, une micro-pulsation qui maintient le corps éveillé sans jamais le brusquer. Cette tension douce est typique d’un R&B alternatif qui cherche moins à séduire qu’à installer une intimité durable. On n’écoute pas The Night pour un pic émotionnel ; on y reste pour la continuité.
La voix de Taquirah est le véritable centre de gravité du morceau. Elle ne force jamais l’émotion. Son timbre, à la fois feutré et assuré, navigue entre proximité et retenue. Elle chante comme on parle à quelqu’un dans l’obscurité, à voix basse, sans vouloir être entendu de l’extérieur. Les inflexions sont subtiles, presque murmuré-chantées, et c’est précisément cette économie de gestes vocaux qui rend le morceau profondément sexy. Rien n’est explicite, tout est suggéré.
D’un point de vue musicologique, The Night joue sur une harmonie volontairement circulaire. Les accords reviennent, se répètent, mais avec de légères variations de texture, comme si le morceau respirait différemment à chaque boucle. Cette répétition n’est pas paresseuse : elle crée une forme de transe douce, proche de certains courants nu-jazz ou indie R&B, où le plaisir vient de l’immersion plus que de la surprise.
La collaboration avec une production aux influences larges se ressent dans cette capacité à rendre le morceau à la fois accessible et exigeant. The Night pourrait très bien tourner dans des playlists R&B grand public, mais il résiste à l’écoute distraite. Il demande une attention minimale, un abandon partiel. C’est un morceau qui se révèle vraiment quand on accepte de ralentir avec lui.
Taquirah ne cherche pas à réinventer le néo-soul, mais à l’étirer, à le rendre plus atmosphérique, presque cinématographique. Elle s’inscrit dans une écriture de la nuit comme espace de liberté émotionnelle, loin des injonctions diurnes, loin des récits spectaculaires. Ici, le désir n’est pas un climax : c’est une ambiance.
The Night est de ces morceaux qui ne marquent pas par un refrain évident, mais par une empreinte. Une trace laissée sur la peau après l’écoute. Un souvenir flou mais persistant. Et c’est souvent là que résident les plus belles réussites du R&B contemporain : dans cette capacité à transformer un moment en climat durable.
Pour découvrir plus de nouveautés SOUL, RNB, JAZZY, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVARNB ci-dessous :
